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Le Déjeuner sur l'herbe

Film de Jean Renoir Romance et comédie 1 h 32 min 11 novembre 1959

Le professeur Étienne Alexis est un biologiste, apôtre de la fécondation artificielle grâce à laquelle il veut améliorer la race humaine. Mais au cours d’un pique-nique, il fait la connaissance de Nénette, une fille de la campagne, qui se met à sa disposition comme sujet d'expériences.

Le retour de la Nature, le rappel des douces passions et besoins, la confrontation au bon sens populaire ou traditionaliste des provençaux et les manipulations de la fin, sont un peu lourdingues – même si le premier participe aux qualités picturales remarquables, ressemble à une fuite de Blanche-Neige apaisée ou revigorante après la tempête. Ce qui m'a davantage intéressé est le portrait d’Étienne Alexis et son entourage : un establishment progressiste et européen, de scientistes cherchant à améliorer la race, une élite planant loin au-dessus des considérations vulgaires ou de celles de la chair, quoiqu'elle rappelle de bons souvenirs et de joyeuses transgressions sous couvert de religion. Vu le programme et l'identité politique de ces visionnaires, ce Déjeuner sur l'herbe serait intéressant à ressortir aujourd'hui. Entendu, il causerait des petits malaises et des dissonances cognitives – et comme Pasolini ou Orwell a-posteriori, il pourrait être récupéré par les réacs plus ou moins romantiques, plus ou moins honnêtes.

Dommage que le film soit sur-écrit, ce qui contredit sa posture (mais l'enrichit massivement), dommage aussi que certains interprètes semblent des transfuges de Bresson – ou plutôt sembleraient car il n'y a ici que de la vie corsetée, la gouaille et le contenu n'ont pas été vidés. Comme farce il m'a davantage interpellé par son style et ses manières – j'étais peu sensible à son efficacité comique. Au final je ne suis pas un adepte de la sensibilité portée par le film ni de sa réponse 'humaniste' et 'pro-sentiments' au scientisme et à 'l'empire', sauf dans sa valorisation de l'élan vital dont il saisit la permanence 'révolutionnaire' ou du moins la force libertaire ; mais sa critique d'un paternalisme technophile est estimable et il identifie les meilleurs vecteurs de la suppression de la vie privée, de l'autonomie des corps et des esprits (les défenseurs de l'âme ont même un temps de parole). J'apprécie également ses efforts de réalisme dans la représentation du contrôle social et de ses agents politiques et technocratiques. Et Renoir arrive à montrer la confiance idiote du peuple sans le rabaisser, en comprenant les enthousiasmes, les naïvetés, les espérances – peut-être parce que lui-même, ou du moins son œuvre, a la faiblesse de croire en l'adoucissement de l'adversaire et à l'inéluctable triomphe de ses préférences.

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