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La Famille Addams

Film de Barry Sonnenfeld Fantastique et comédie 1 h 39 min 22 novembre 1991

La vie tranquille de la famille Addams est perturbée par Tully Alford et Abigail Craven. Les deux veulent dérober leur fortune grâce à un fameux imposteur.

Je vous avoue que je ne suis pas familier de l’œuvre de Charles Addams qui fit les beaux jours du New Yorker à la fin des années trente, mais ce garçon a toute ma sympathie depuis la série télé des années soixante qui adapta une première fois son travail si particulier…

Au début des années quatre-vingt-dix, son œuvre profita d’une nouvelle jeunesse grâce à l’adaptation sur grand écran dont nous allons parler aujourd’hui, exemple pour une fois modèle de comment passer du petit au grand écran sans tout démolir…

Barry Sonnenfeld, qui connaîtra une notoriété encore supérieure quelques années plus tard avec une autre adaptation de comics fait ici ses premiers pas de réalisateur, après une belle carrière de directeur de la photographie sur les premiers frères Coen et certains des meilleurs Rob Reiner, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il fait cela très bien.

Les qualités les plus évidentes du film sont le très joli rendu de la reconstitution de la famille de freaks et de son décor ainsi que le casting idéal qui permet aux personnages improbables de rester tout du long parfaitement cohérents et terriblement attachants.

Quelle famille !

En premier lieu, Raul Julià joue le rôle de sa vie après une carrière secondaire mais toujours irréprochable (pour la fin de sa carrière et le rôle de sa mort, je m’en tiendrais à un silence pudique), il est merveilleux en pater familias moustachu cigare au bec qui accumule les mignonnes incongruités avec un sourire désarmant et un fleuret qui ne l’est tout autant. A ses côtés, Anjelica Huston arriverait presque à me faire oublier Carolyn Jones, compensant son absence de sex-appeal par un jeu, des démarches, des tenues et une attitude absolument époustouflants qui créent instantanément une hilarité du meilleur aloi. Que dire du merveilleux Christopher Lloyd, habitué en rôles mythiques après Retour vers le futur, Roger Rabbit, Taxi ou Une journée de fous… il est un Fétide délicieux, plus personne ne se souvient après ça que le Kid de Chaplin a joué le même rôle, il est à la fois méconnaissable et égal à lui-même, répugnant à souhaits et attendrissant à pleurer, un modèle pour nous tous… Et si tous les autres sont idéalement sélectionnés, si on retrouve avec plaisir le Dan Hedaya de Sang pour sang, si La Chose est extraordinaire, tout comme le majordome, le cousin Machin et le Diable sait qui encore, il faut tout de même admettre qu’un personnage vole la vedette à tout le monde. Merveilleuse petite Mercredi, si tu savais ce que tu déclenches en moi... Délicieuse Christina Ricci, tu as alors onze ans, on t’a à peine aperçue la même année dans La Manière forte où tu imposais déjà si fortement ta présence que déjà tu exploses aux yeux du monde dans ce personnage inoubliable pour lequel tu sembles le seul membre de la famille à ne pas abuser du maquillage ou des oripeaux farfelus… Que valent donc tous ses artifices en face d’un simple regard, miroir de l’âme damnée comme des autres, et le tien enchaîne le spectateur plus sûrement que tous les frisements d’œil de ton père du moment, jolie petite chose cruelle…

Avant de te perdre chez Tim Burton, tu as eu la chance de jouer dans ce qu’il aura essayé de réaliser toute sa carrière sans jamais vraiment y parvenir, tiens la preuve, même Marc Shaiman oublie qu’il vient de chez Rob Reiner pour faire du Danny Elfman, c’est un signe qui ne trompe pas…

Chez Sonnenfeld, contrairement à Burton, les Freaks ne sont pas des pleurnichards pénibles à la recherche de la reconnaissance des autres, ils s’en moquent éperdument, s’en éloignent dès que possible avec dégoût et surtout gardent en eux une logique implacable et toute personnelle qui permet de savourer jusqu’à la fin une histoire un peu maladroite mais gentiment troussée et honnête jusqu’au bout des ongles sanglants…

Le seul regret vraiment gênant vient du générique final, un tombereau d’immondices signé M. C. Hammer, très justement nommé aux razzie et qui gâche sans raison toute la digestion du film alors qu’une utilisation jubilatoire du thème de Vic Mizzy en lieu et place aurait presque valu à l’œuvre un petit point d’amour supplémentaire…

Mais Baste ! La réelle drôlerie de l’ensemble compense largement la faute de goût finale… à voir à tous âges et toutes affaires cessantes…

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