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Le Miracle des loups

Film de André Hunebelle Aventure, historique et comédie dramatique 1 h 40 min 6 septembre 1961

Charles Le Téméraire souhaite épouser la filleule du roi Louis XI, Jeanne de Beauvais, dans l'espoir de lui ravir le trône. Mais la jeune infante refuse...

Les films sur cette période historique passionnante qui a vu s’affronter Louis XI et Charles le Téméraire pour le plus grand malheur de ce dernier et de ses compatriotes ne sont pas assez courants pour ne pas saluer ici au moins la belle tentative.

Malheureusement, si Jean-Louis Barrault parvient, avec un gros effort d’imagination et un code costume bien repérable à incarner un Louis XI acceptable, que dire de la provocation franco-française honteuse qui a poussé Hunebelle à demander à un Roger Hanin plus bovin que jamais d’incarner le dernier des grands Ducs de Bourgogne ?

Un rapide regard sur les représentations d’époque (Van der Weyden, si tu nous lis…) suffit à discerner dans ce choix méprisable la pire des trahisons envers ce saint homme qui a suffisamment souffert en son temps pour ne pas avoir à se retourner dans son splendide tombeau de Bruges à chaque fois que quelqu’un décide de voir le Miracle des Loups versions 1961… Quant aux enregistrements de l’époque, un incident technique m’empêche de vous les faire partager, mais croyez-moi sur parole, l’accent pied-noir ne faisait absolument pas partie du bagage coutumier de notre bon Valois…

Je décidai bien sûr de passer, magnanime sur cette petite bassesse, une de plus, certain que je suis que l’histoire de Jean Halain saura de toute façon rendre grâce au franc panache du duc et à la fourberie légendaire du roi.

Et bien, c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que le réécriture de l’Histoire par le vainqueur pouvait atteindre des limites insoupçonnées.

Le brave duc, dont chacun sait qu’il avait la cervelle au niveau du bas-ventre, est ici présenté comme un traître pernicieux comploteur machiavélique et obsédé sexuel de surcroit (pour ce dernier point, bon sang ne saurait mentir, il n’est pas absolument impossible que cette vision ne fut pas un tant soit peu proche d’une certaine réalité…).

Face à lui, le bon Louis XI passe pour une canaille presque honnête, à la limite de l’imbécile crédule aussi, et il se laisse mener en bateau du début à la fin du film sans égards pour la réputation de machiavélique intelligence de l’inventeur des « fillettes »…

A la place, nous avons une sorte de tonton-gâteau incapable de voir que la moule qui lui sert de fidèle paladin (Jeannot et sa nuque longue, forcément…) lui est d’une inébranlable fidélité et ce jusqu’à l’écoeurement des plus sensibles d’entre nous.

Bien entendu, évitant soigneusement les sujets qui fâchent, le film se termine en ridiculisant le bon duc sans crainte des aberrations historiques assénées à la truelle, impossible du coup de se concentrer sur le côté sous-Robin des Bois qui effleure parfois sous la couche de neige ou de s’intéresser à une amourette qui ne saurait finir autrement que joue contre joue avec un sourire niais.

J’ai déjà vu des films révisionnistes, voire négationnistes, mais je crois que je n’avais encore jamais vu un exemple poussant aussi loin les limites de la félonie… une trahison supplémentaire subie par les Bourguignons de la part des Français, et cette fois, on ne pourra même pas se venger en leur brûlant la Jehanne… heureusement que l’Histoire, la vraie, pas celle d’Hunebelle, a jugé depuis longtemps où se trouvait la noblesse et l’amour de l’art au sein de cette période trouble.

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