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La Chasse au lion à l'arc

Documentaire de Jean Rouch 1 h 20 min 7 juin 1967

Les rituels de la chasse au lion à l'arc à la frontière des républiques du Niger et du Mali. Lion de Saint-Marc au Festival de Venise en 1965.

La chasse au lion à l'arc de Jean Rouch est souvent classé sur la Toile dans la catégorie « film documentaire », catégorie bien vaste et poreuse s'il en est, qui sert souvent à entasser en vrac tout ce qui ne relève pas du cinéma de fiction. La chasse au lion à l'arc est en réalité un film ethnographique ; en le regardant, vous vous sentirez plutôt comme en train de lire un ouvrage de Malinowski.

Rouch a réalisé ce film entre 1958 et 1965, filmant au cours de sept missions : il est retourné sur le « terrain » jusqu'à « saturation des données » comme le disent souvent les ethnographes. Il a filmé les chasseurs Gao, les derniers chasseurs de lions, qui vivent près du fleuve Niger, à la frontière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Rouch raconte tout le processus ritualisé de la chasse ; depuis la fabrication des arcs et des flèches jusqu'à « l'exécution » du lion. En bon anthropologue, Rouch s'attache à décrire chaque rituel pratiqué par les Gao : consultation de l'oracle, incantations, chansons... En voix off, Rouch nous accompagne du début à la fin du film, nous permettant de nous « acculturer », en nous présentant chaque situation du point de vue des Gaos.

Pour réaliser cette immersion, et suivre les chasseurs lors de leur traque des lions, Rouch s'est complètement intégré au sein de l'action et du groupe. La caméra est ainsi très mobile et vivante, elle plonge le spectateur dans l'expérience vécue. On constate là ce que Rouch a apporté à l'anthropologie visuelle, qu'il a réinventé ; la caméra participante, la caméra qui n'est plus un outil d'enregistrement distancié mais une passerelle permettant à l'anthropologue d'entrer dans ce qu'il appelle une « ciné-transe », de filmer de manière non rationnelle, mais selon les émotions ressenties sur le moment. Abandonnant les velléités positivistes d'un film « objectif », Jean Rouch fait ici corps avec son film ; nous nous plongeons dans son expérience, dans ses perceptions, nous voyons par « son œil ». Au montage, Rouch donne à son film la forme d'un conte ; au début et à la fin du métrage, il filme et parle aux enfants Peuls, leur expliquant l'histoire des chasseurs, qui auront bientôt disparus. Rouch filme dans les années soixante, à une période charnière de la mondialisation en Afrique où se mêle traditions et influences occidentales : tout au long du film, on voit les Gaos parler leur langue. Lorsque l'un d'eux est blessé par un lion, à la fin du film, pour la première fois, on entend parler français : le soignant parle des produits qu'il injecte dans le corps du blessé par piqûre et l'on voit, pour la première fois du film, la médecine occidentale supplanter les rituels traditionnels, le medecin-man remplacer le chaman.

Pour autant, Rouch ne réalise pas simplement ici une introspection personnelle au contact de l'Autre ; il réalise un vrai travail anthropologique, par une démarche collaborative : « J'ai appliqué continuellement le feedback, revenant tous les ans avec les images tournées les années précédentes, prémontées. Je projetais aux chasseurs la copie des dernières séquences tournées. À partir de cette projection, j'improvisais ce que j'allais tourner cette année-là. Le film s'est construit d'année en année. Au bout de sept ans, je me suis arrêté parce qu'il n'y avait plus de raison de continuer ».

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