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Night of the demon

Film de James C. Wasson Épouvante-Horreur 1 h 32 min 1980

Pour moi Night of the demons (avec un "s" à la fin), c'était une trilogie où une bande de jeunes allaient dans un lieu hanté et se faisaient attaquer par une sorcière, quelque chose comme ça. J'étais tenté de regarder le premier de la série, et en voyant sur IMDB que le Angry video game nerd avait fait une vidéo à ce sujet, je suis allé voir ça. En réalité il se concentrait sur un film presque homonyme qui était sorti en 1980 : Night of the demon, au singulier. Les autres films, il ne faisait que les citer, tout comme pour le Night of the demon de 1957 réalisé par Jacques Tourneur. C'est avec plaisir que j'ai découvert la version de 1980, où il est question d'un bigfoot meurtrier. Ca avait l'air complètement dingue, j'ai immédiatement eu envie de le voir. J'ai appris plus tard, quel hasard, que Night of the demon était un des video nasties, ces VHS bannies en Angleterre, et justement j'avais vu un documentaire à ce sujet il y a quelques temps. La liste de ces films comportait pleins de titres alléchants, j'avais fait des recherches tout au long du visionnage du documentaire, mais évidemment dans le tas il devait y avoir pleins de merdes inintéressantes. Sans le Nerd, je n'aurais probablement jamais vu Night of the demon. Le remercierai, si je le vois un jour.

J'ai vu peu de vrais films Grindhouse, mais il suffit de voir le début de celui-ci pour savoir que c'est un de ces bons vieux films d'exploitation. Il suffit même d'écouter cette musique d'ambiance issue des tréfonds des 80's que l'on entend dans les moments tranquilles sans Bigfoot, une sorte de musique qu'on achète en cassette pour quelques dollars dans un bac de supermarché. Elle creuse un peu plus l'écart entre ce film et ceux plus sérieux et mainstream de la même époque, qui bénéficient de vraies compositions musicales. Les scénaristes ont tout de même voulu donner à leur film plus de classe en ayant l'air d'avoir une structure quelque peu complexe, ainsi nous commençons par la fin, et pratiquement tout le reste est un énorme flashback concernant les péripéties du professeur et ses élèves. Mais comme ils ne sont pas nombreux, ça réduit le nombre de victimes. Les solutions pour en tirer un peu plus de Bigfoot, c'est d'abord une vidéo amateure retrouvée dans les bois où l'on voit un type en costume poilu passer rapidement devant la caméra, ce qui suffit quand même aux élèves pour qu'ils s'écrient tous "ooooooh", et ensuite ce sont les flashbacks dans les flashbacks (un peu comme Le grand détournement ; "tu veux que je te raconte un souvenir ?"). Le professeur raconte aux élèves ce qu'il est arrivé à telle ou telle personne, ce qui permet au film de prendre le relais en montrant aux spectateurs ce qu'il s'est passé. Autant en profiter au maximum : tant qu'à se servir de flashbacks pour nous montrer de la tuerie, mettons-y une scène de sexe aussi. Les premières victimes présentées sont donc un couple qui fait l'amour dans un van. Déjà que le procédé est gratuit, on s'attarde sur l'activité à laquelle ils s'adonnent avant de faire arriver Bigfoot.

Pour les passages sanglants aussi, le réalisateur James C. Wasson souhaite tirer le maximum de ce qu'il a. Tout comme la scène de sexe, le décès d'un personnage se prolonge, le jeune homme massacré par la créature se retrouvant sur la vitre du van où il glisse aussi lentement et longuement que le sang coule autour de lui. Et plusieurs fois, nous alternons avec un contrechamp de la copine du personnage, qui crie mollement et par intermittences, sans ne rien faire d'autre, comme fuir par exemple. Il faut garder en tête qu'ajouté à cela, il y a la musique d'angoisse vue par l'équipe de Night of the demon, à savoir une sorte de test d'orthophoniste. Vous savez, le genre où se succèdent des sons plus ou moins aigus pour tester notre ouïe. C'est pire encore plus tard dans le film, quand la bande-son ne ressemble plus qu'à une sirène de pompier. Et pourtant, parmi les compositeurs, il y a l'inconnu Stuart Hardy mais aussi Dennis McCarthy, qui a travaillé sur la musique de plusieurs Star trek. Concernant ces flashbacks, il y a la même formule plus tard, avec cette fois un type qui passait près de la forêt en moto. Lui aussi, même mourant, est assez patient pour arranger le caméraman, puisqu'il reste debout, immobile, devant son deux-roues, le temps que la caméra puisse effectuer un panoramique vertical sur le sang qui coule. Il faut croire que James C. Wasson, tout content des effets et maquillages dont il a pu disposer, a voulu en profiter autant que possible, n'osant pas trop couper. Et à chaque fois, c'est toujours le professeur qui, une fois que le groupe est arrivé en un lieu nouveau, dit quelque chose comme "oui, ça doit être ici qu'il y a quelques temps on a retrouvé un corps...", après quoi le film se sert d'un flashback pour donner à voir un meurtre supplémentaire. Cela doit arriver au moins 4 ou 5 fois dans le film.

Heureusement, pratiquement chaque meurtre est très fun. Le moins amusant doit être une gorge tout simplement arrachée, mais en dehors de cela le film se montre très imaginatif : Bigfoot qui arrache un pénis, qui met la tête d'un homme dans un poêle, ou qui fait tournoyer quelqu'un tandis qu'il est dans son sac de couchage. Ce dernier cas fait penser à Vendredi 13 chapitre 7, à la différence près que ce dernier avait subi les restrictions de Paramount, alors que Night of the demon, fait en dehors des grands studios peu audacieux, se permet plus de violence. Et voir la créature faire tourner au dessus de sa tête ce pauvre infortuné est ridicule et à pleurer de rire. Et pour ce qui est du meurtre le plus bizarre, c'est sans aucun doute celui où l'homme-singe oblige deux girls-scouts à se poignarder entre elles. On se demande déjà ce qu'elles font avec des couteaux à la main depuis leur apparition. Night of the demon, c'est un peu tout ce que personne n'avait osé montrer sur Bigfoot. Le monstre n'a d'ailleurs pas eu tant de films que ça le mettant à l'honneur, il faut dire qu'il n'a pas grand chose de plus qu'un autre monstre, mais c'est en lui attribuant des capacités nouvelles que les scénaristes du film en question le rendent intéressant. Ils se fichent de ce que peut faire une créature primitive ou non, et c'est justement l'incongruité et l'impossibilité que la bêtise de l'animal coïncide avec ce qu'elle effectue qui rend amusant le fait que Bigfoot se serve d'une hache, d'une fourche, et soit capable d'attacher un cadavre la tête en bas en ayant fait un nœud complexe. Et toujours dans les curiosités concernant le monstre : il viole quelqu'un, et des hommes lui vouent un culte pour ne pas subir sa colère.

On ne voit pas bien Bigfoot avant la fin du film ; en fait il semblerait que les scénaristes, en plus du récit non chronologique, aient aussi voulu donner plus de style à leur oeuvre en faisant attendre la toute fin pour présenter fièrement le "démon" du titre. La preuve en est aussi que le maquillage de la créature telle qu'elle nous apparaît à la fin n'est pas le même que celui très sommaire qu'on pouvait apercevoir brièvement auparavant. Même si la caméra et le montage faisaient tout pour éviter qu'on voie son visage, dans la scène avec les scouts il était possible de le voir rapidement. En guise de visage, le monstre avait un masque inexpressif, ce qui explique qu'on ait voulu nous le cacher. Enfin ça n'explique pas tellement la différence entre les deux maquillages. Il y a aussi un bébé Bigfoot mort, et lui, ses ossements, dont en réalité on ne voit qu'un crâne plus proche de l'animal que de l'humain, n'ont rien à voir avec le bébé qu'on avait vu avant.

Evidemment, c'est les apparitions du démon qui sont les plus amusantes, et en réalité entre chacune d'elles il n'y a que des passages à vide et des discussions peu intéressantes, bien qu'on ne s'ennuie pas tellement non plus. J'y vois surtout un remplissage. La fin fait payer aux personnages leurs conversations trop anodines : ils se retrouvent tous coincés dans une pièce, à la merci de Bigfoot ; c'est le massacre. Toute la séquence est au ralenti, et la musique, comme le monstre, se lâche complètement, elle n'est plus qu'une cacophonie qui fait penser que les compositeurs ont enregistré quelqu'un jouant n'importe quoi à la trompette, et ont ensuite fait encore plus n'importe quoi sur la table de mixage.

A part ça, il faut reconnaître que le film n'est tout de même pas trop mal filmé, il y a juste quelques maladresses. Je pense à ce gros plan des doigts de deux personnages qui touchent une même pièce d'échecs durant une partie ; on voit là une tentative d'imiter un cliché de la scène romantique, mais mal reproduit. Et pourquoi ne se toucher que du bout des doigts et, une fois que c'est fait, les immobiliser totalement ? Il y a aussi les plans de nuit, où l'on ne voit pas grand chose, à se demander comment certains personnages peuvent arriver tout d'un coup et remarquer immédiatement qu'un de leurs compagnons a été blessé au dos. Les acteurs quant à eux, même si pour la plupart Night of the demon est le seul film dans lequel ils aient joué, se débrouillent bien. Il doit n'y en avoir que deux qui ont eu une carrière dans le cinéma à côté : Michael Cutt, qui a eu des petits rôles dans Volcano ou Le collectionneur, et Jennifer West, qui a fait du porno.

Les scénaristes paraissent aussi avoir voulu faire quelques efforts en donnant une histoire et des intentions précises à Bigfoot : il voulait une progéniture pour ne pas que sa race disparaisse, et quand le groupe arrive sur son territoire l'un des personnages fait remarquer que la créature a tenté de les effrayer, sans quoi elle les aurait tués. L'un d'eux laisse à penser que le monstre a un plan qui leur est inconnu, mais cette éventualité est effacée quand ils se font tous lapider ; c'est dommage. A la fin, le seul survivant prévient qu'il faut arrêter Bigfoot sans quoi il recommencera, mais personne ne veut le croire. Le démon est donc encore en liberté, et en plus de ça via ce personnage on nous dit clairement qu'il y aura d'autres victimes. Si ce n'est pas une conclusion malsaine, ça... Il aurait fallu une suite à Night of the demon, en fait. Peut-être une trilogie à la Romero, avec "Dawn of the demon" et "Day of the demon". J'espère un jour pouvoir faire la suite de ce film.

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