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The Rover

Film de David Michôd Drame et road movie 1 h 40 min 25 juillet 2014

La voiture d’Éric est volée. Il se met à la recherche du gang qui la détient. Il va rencontrer Reynolds, un membre du gang abandonné par ses pairs.

Sans nom, il chope un flingue et te tire une balle en pleine tête. L'homme du vingt-deuxième siècle. Le passé ne compte plus. Le futur importe peu. Il n'y a que le présent. Ce présent blême et agonique, qui dicte la latence et la staticité du film. David Michôd, dès son deuxième métrage, optant pour un minimalisme narratif et une réalisation chirurgicale, atteint une radicalité électrisante. Non seulement emprunte-t-il à un autre David, Cronenberg, le génial Robert Pattinson ; mais aussi semble-t-il faire écho à son Cosmopolis, à travers cette même glaciation post-apocalyptique, cette même errance à quatre roues et ce même pitch un brin ridicule. Rien de plus simple que de résumer The Rover : c'est l'histoire d'un mec qui cherche sa voiture. C'est déjà moins idiot que l'histoire d'un mec qui veut une coupe de cheveux mais, comme enjeux narratifs, on avouera avoir connu plus conséquent.

Désosser ainsi un récit permet à la véritable substance de se révéler : le cinéma. Tout n'est ici que cinéma. The Rover serait presque un hommage au mouvement : des plans en eux-mêmes et des plans les uns avec les autres. Curieux pour un film qui paraît mis en pause, lent voire dilaté au possible. Et pourtant, cette lenteur filamenteuse converge toujours vers des points de rencontre explosifs, la plupart du temps vains et sanglants mais où le mouvement est roi. Dès la séquence d'ouverture, c'est le montage alterné, volontairement approximatif – une coupe bizarre qui donne toute sa force au passage –, qui témoigne du mouvement contenu à l'intérieur d'un bloc de glace. Tout le film joue sur ces échanges permanents, entre l'arrêt et le mouvement. Principe même du road-movie, soit-dit en passant.

Le véritable enjeu du film, nous pourrions donc penser qu'il est d'ordre formel : qui, de l'arrêt ou du mouvement, va l'emporter ? Là où David Michôd est fort c'est que, pour déployer son propos et habiter son personnage d'un conflit, il n'a besoin ni de mots, ni d'explications. Il n'a que besoin de sa caméra. En apparence véritable filtre à émotions, son film est pourtant un combat de tous les instants entre humanité et animalité. C'est dans ce duel suprême que The Rover, plus que de former un diptyque avec Cosmopolis (bien qu'il s'en rapproche), en forme un avec le premier film du cinéaste : Animal Kingdom. On bascule, sans cesse, d'un sentiment à un autre. À peine sentons-nous poindre une once d'humanité que l'animalité revient nous prendre à la gorge, nous saisir de sa rustre brutalité.

Sans doute extrêmement religieux, David Michôd quitte néanmoins le manichéisme basique pour, comme dans son film précédent, et même plus encore, mettre tous les personnages au même niveau, refusant la simplicité tout en s'empêchant de prendre le spectateur par la main pour lui dire quoi penser. Le conflit devient interne, propre à chacun. Dans cette optique-là, ne pas terminer le film aurait paru encore plus brillant : le prendre en cours et le laisser en cours. Ce qui aurait donné davantage de puissance à, justement, cette idée du présent qui absorbe tout. N'en voulons pas non plus au cinéaste de glisser un peu d'optimisme, offrant l'opportunité à son personnage de revenir vers son épicentre, son humanité enfouie, qu'il va aller creuser de mille coups de pelle.

Aux cinéastes en herbe : abandonnez vos écoles hors de prix, dé-squattez les bancs de la fac et appelez-vous David. Aux comédiens en herbe : même chose. Sauf que c'est Guy ou Robert que vous devez vous appeler. Même si, j'en conviens, ça fait chier de s'appeler Guy ou Robert.

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