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Blade Runner 2049

Film de Denis Villeneuve Science-fiction et film noir 2 h 44 min 4 octobre 2017

L'officier K, un Blade Runner, fait une découverte révolutionnaire qui l'amène à la recherche d'un ancien agent nommé Rick Deckard.

Denis Villeneuve n'a décidément peur de rien. Naviguant avec maestria d'un genre cinématographique à l'autre, le réalisateur Québécois s'attaque, avec une audace presque insolente, à un chef-d'œuvre de la science-fiction, Blade Runner. S'affranchissant de l'oeuvre originelle, le livre de Philip K. Dick, Blade Runner 2049 est une suite dont l'intrigue se déroule trente ans après celle du film de Ridley Scott.

En 2049, les blade runner existent toujours, font partie du LAPD et traquent les vieux modèles de réplicants. L'un d'eux, K, découvre lors de l'une de ses missions les restes d'une réplicante. L'analyse médico-légale du squelette révèle que la réplicante est morte après avoir subie une césarienne. L'existence de K va alors basculer, obligé d'enquêter et d'effacer toutes traces de cette découverte qui menace l'ordre établi.

Un rythme lent, une ambiance crépusculaire et un esthétisme hypnotique caractérisent la mise en scène du réalisateur canadien. C'est d'ailleurs la beauté plastique du film qui sera primée avec l'Oscar des meilleurs effets visuels et l'Oscar de la meilleure photographie. Ce parti pris de mise en scène est aussi un joli pied de nez aux caractéristiques des blockbusters actuels perfusés au rythme effréné et à la surenchère d'effets spéciaux. Blade Runner 2049, un film d'auteur avec un budget de cent cinquante millions de dollars ? Après tout, pourquoi pas.

Le piège dans lequel Villeneuve ne tombe pas, au risque de se voir reproché d'être trop consensuel, c'est de marcher en dehors des pas de son aîné qui, au passage, est producteur de Blade Runner 2049. Entretenant l'ambiguïté sur la nature de Rick Deckard, Villeneuve n'apporte pas de réponse à cette question. Certains diront que si Deckard est un replicant, alors il devrait être hos d'usage en 2049 (la génération de Nexus du film de Scott avait une durée de vie de quatre ans). D'autres diront qu'au vu du coup de vieux qu'a pris le bonhomme, Deckard ne peut être qu'un humain. Le mystère reste donc entier.

Ayant cette volonté de ne pas trop se démarquer du premier film, Ryan Gosling était le candidat idéal pour interpréter K. Digne héritier de l'interprétation d' Harrison Ford, le regard inexpressif et implacable ainsi que l'allure légèrement mécanique de Gosling avaient déjà été éprouvés dans Drive où sa prestation avait été saluée par la critique.

Il y a cependant cette désagréable impression d'assister à une sorte de profanation. Villeneuve et Scott cherchent à ressusciter le mythe, rappelant l'ambitieuse entreprise de ce dernier concernant un autre mythe, Alien. Car il y a bien quelque chose qui manque dans ce Blade Runner 2049. Chacun trouvera un défaut, faisant écho à ses souvenirs du film sorti en 1982. Pour ma part, c'est la criante absence d'empathie. Les personnages ont tous un air apathique, leurs émotions aseptisées. La déshumanisation des blade runner était habilement accentuée par l'empathie exprimée par les réplicants qui tenaient un rôle central dans le film. On retrouve cette empathie au tout début du film de Villeneuve, avec le réplicant Sapper Morton, interprété par un David Bautista dans un formidable contre-emploi. Scénaristiquement, cette absence d'émotions a certes un sens, mais en contrepartie, la découverte de K paraît atténuée, chimérique, perdant de son pouvoir explosif.

Denis Villeneuve continue de voir grand, ne cessant de se mettre en difficulté comme pour mieux éprouver son savoir-faire. Son prochain projet, Dune, dont la sortie, coronavirus oblige, a été repoussée d'un an, est en droite ligne de ce numéro d'équilibriste auquel se prête le réalisateur. Vivement son prochain défi !

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