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Du sang sur la Tamise

Film de John Mackenzie Policier, drame et thriller 1 h 54 min 29 mars 1980

Avec Bob Hoskins, Helen Mirren, Dave King

Londres. Fin des années 1970. Un homme élégant pénètre dans une voiture avec un valise pleine d'argent. Celle-ci est remise à un intermédiaire après que ce dernier en a prélevé une petite somme. Cette valise est finalement livrée dans un cottage isolé où trois hommes se lance dans un décompte et...

Un peu à l'image de son personnage principal, à la fois criminel et homme d'affaires, brute épaisse et homme aux allures distingués, The Long Good Friday surprend et déstabilise quelque peu. C'est un peu comme si on se retrouvait soudainement plongé dans un passé incertain, à une période où subsistent encore les relents des années 70, puants la crasse et la violence, et que l'on sentait déjà poindre la décennie suivante, fait de bling-bling, de fric et de cynisme froid. En digne rejeton d'une époque bâtarde, le film de John Mackenzie navigue insidieusement dans des eaux troubles et abjectes, prolongeant la hargne des polars des seventies tout en affichant les maladresses d'une bonne vieille série b. Mais ces défauts donnent également à cette péloche un côté rétro particulièrement charmant, qui ne s'estompe pas avec le temps, bien au contraire.

Si l'on peut légitimement parler de filiation entre The Long Good Friday et l'excellent Get Carter, c'est plutôt la comparaison avec To Live and Die in L.A qui s'avère être la plus pertinente. Non pas que les deux films se ressemblent beaucoup, bien au contraire, je dirais plutôt que Mackenzie réussit là où Friedkin a échoué. Contrairement à son homologue ricain, le réalisateur britannique est parvenu à retranscrire le malaise de toute une époque sans que cela sonne faux ou superficiel. En s'intéressant au destin d'Harold Shand, Mackenzie nous introduit dans une histoire de gangsters, somme toute classique, mais qui a le mérite d'être crédible et de posséder une vraie identité britannique. Sans effet de style, il filme la City sous un angle peu vu au cinéma : l'univers urbain devient une entité inquiétante et envahissante, les pubs se fardent de sordide, tout comme les docks et les abords de la tamise qui s'opposent avec force au luxe indécent affiché par une élite bourgeoise qui se confond avec celle d'une voyoucratie en costume. Un univers âpre et bigarré qui a forgé la personnalité du parrain local : violent, teigneux, raciste, Shand est avant tout un enfant de la balle qui a réussi, une crapule foncièrement patriotique qui est prête à tout pour redorer le blason de sa ville et lui redonner son lustre d'antan.

" What I’m looking for is someone who can contribute to what England has given to the world: culture, sophistication, genius. A little bit more than a hot dog, know what I mean? "

Ainsi, caché derrière son intrigue classique truffée de règlement de comptes, de magouille et de pot-de-vin, The Long Good Friday préfigure admirablement ce que sera l'Angleterre thatchérienne avec l'explosion aussi bien du libre marché que des inégalités sociales. Shand en est l'emblème frappant, en incarnant l'ambition individuelle qui écrase tout sur son passage, tout en désirant défendre la souveraineté britannique. Son monologue durant lequel il renvoie les Américains à leur arrogance est pour le moins mémorable, tout comme peu l'être son retour dans les bas quartiers de son enfance et qui symbolise avec force la démarche destructrice que vient d'entreprendre la société dans son ensemble.

Se montrant digne de sa réputation, The Long Good Friday revisite admirablement le film de gangsters, en présentant des personnages hauts en couleur au destin profondément tragique, mais également en nous délivrant un véritable festival visuel surprenant, un opéra sanglant et baroque au cours duquel les moments de haute intensité ne manquent pas : massacre à coup de tesson de bouteille, crucifixion à même le sol ou encore interrogatoire musclé avec des gus suspendus à des crochets de boucher. Le film ne fait pas dans la dentelle, et même si on peut lui reprocher quelques maladresses (musique synthé indélicate, plan lourdement suggestif...), il n'en demeure pas moins d'une grande efficacité, porté admirablement par un Bob Hoskins au meilleur de sa forme et par une Helen Mirren superbe en Lady Macbeth moderne. Et puis surtout, en s'appuyant sur un scénario malin et habille, il fait preuve d'une subtilité insoupçonnée en traitant de l'IRA d'une manière non caricaturale et en annonçant ce que sera la décennie à venir, celle de l'Angleterre de Miss Maggie.

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