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Vanishing Waves

Film de Kristina Buozyte Romance, science-fiction et thriller 1 h 59 min 4 janvier 2013

Avec Brice Fournier, Sharunas Bartas, Rasmante Burzaite

Lukas, un scientifique, participe à une expérience qui lui permet d’entrer dans l’esprit d’un patient comateux. Au début, il ne distingue qu’une explosion de sons et d’images, puis aperçoit une femme inconnue. À chaque nouvelle connexion, il en apprend davantage sur cette femme dont il finit par...

Un film rare que Vanishing Waves. Un objet de cinéma lituanien loin d'un cinéma américain majoritaire et en même temps, tout proche dans ses désirs de science-fiction. Un film de femme sur le point de vue d'un homme. Sa pénétration de l'autre. Littéral et métaphorique. En son esprit et en son corps. Dans sa chair. Lukas s'immerge dans la chair d'Aurora, la femme fantasme, celle qui n'existe qu'en esprit de la même façon que le spectateur s'immerge dans le film, à travers la salle de cinéma. Cette exploration de l'autre par les sens est traversée par une revendication cinématographique de la cinéaste. Celui du vécu filmique comme expérience sensorielle. Bien malheureuse de ne pouvoir éveiller que la vue et l'ouïe du spectateur, Kristina Buozyte cherche à imprégner les sensations du toucher, de l'odorat et même du goût dans l'imaginaire de celui-ci. Lukas est exactement dans cette attitude, ce qu'il "vit" se déroulant uniquement dans sa tête et celle d'Aurora. L'imagination doit alors être exacerbée pour pouvoir dessiner ces sensations dans l'esprit. Exacerbée par la puissance des scènes et des images.

L'expérience sensorielle qu'est Vanishing Waves est prolongée par une certaine forme de silence. La bande-sonore est pourtant fournie mais l'impression qu'il en resort est la quiétude. L'habitude des films bavards - et par extension, du trop-plein de bruits parasites - nous fait ressentir le silence comme un objet étrange. Propice à la contemplation. Vanishing Waves possède l'esthétique soignée et la poésie narrative associée à cette idée. Tout comme sa lenteur de mouvement, un montage qui cherche à prendre son temps, à imprégner le spectateur des sensations jusque dans sa chair plutôt que de le bombarder d'images et d'afflux nerveux. Afflux nerveux que représentent la réalisatrice par d'obscures images géométriques. Le dessin de ces connectiques sensorielles se déroule avec finesse sur fond noir. Elles ont des airs de tableaux d'art contemporain. Kristina Buozyte y affirme sa modernité, son goût pour les arts visuels qui l'influencent. Elle se tourne un peu plus vers la forme plutôt que vers le figuratif. De la sorte, sa démarche tend la main vers le film expérimental tout en gardant les pieds ancrés dans le film de fiction. Le résultat est un objet non identifié bien loin de l'image de la science-fiction telle qu'on se l'imagine.

La science-fiction est donc ici, enfouie, utilisée à d'autres fins que celles de l'expérience scientifique et de son résultat. Ce qui compte, c'est ce qu'elle met en place. L'exploration de l'esprit, à laquelle elle donne une logique propre à justifier les images mentales. L'utilisation d'un tel dispositif n'est que prétexte et ne trouve pas de justification scénarique pure, celle-ci est même plutôt esthétique en tant que l'univers de la science-fiction permet de créer le contraste entre un univers rigide et immaculé du lieu d'expérience et l'univers charnel et vif de l'esprit. L'utilisation de contrastes est encore une manifestation des influences picturales de la réalisatrice. Ceux-ci se mettent particulièrement en place dans ses images mentales de par la construction particulière des plans et des décors traversés par un minimaliste qui n'a rien de naturel.

Si il s'agit d'évoquer ces images mentales, j'ai déjà évoqué toute l'expérience sensorielle qu'elles constituaient et cela est particulièrement lié au fait de l'ambiance charnelle qui en ressort. L'infiltration de Lukas dans l'esprit d'Aurora amène à un partage des fantasmes de celle-ci. Dans le silence et loin des contraintes et exigences de la société. Kristina Buozyte n'hésite pas à aller jusqu'à l'érotisme sans jamais tomber dans la vulgarité. Elle n'a rien à cacher des corps et bien plus encore, elle n'en cache pas ce qui est tabou, ce qui dérange et dégoûte. La chair est dévoilée dans sa nature la plus profonde, caressée, malaxée, opprimée. Jusqu'à être battue, arrachée, déchiquetée. La passion laisse place à la violence, ce corrolaire du sexe auquel il est si facilement appliqué. Et ici, elle ne se justifie pas totalement. Elle comporte sa logique scénaristique mais elle brise l'esthétique amenant à se poser la question des limites du film.

Un format tel que le long-métrage pour un propos comme celui de Vanishing Waves peut sembler un peu ambitieux et c'est sûrement en cela que le film perd de sa force, ne pouvant se renouveller indéfiniment de sa situation de départ ne laissant que peu de liberté de mouvement. L'allongement des situations aggrave l'enfermement dans le fantasme et l'histoire d'amour dont les possibilités sont trop peu exploitées, limitées justement à cette expérience sensorielle. Le désir de s'attader peut être remarqué comme une tentative louable d'essayer un cinéma différent mais le film connait parfois un trop-plein de confusion. Rien que le fait d'utiliser plusieurs langues, à savoir le lituanien comme langue principale, l'anglais en tant que langage scientifique et le français, ne bénéficie pas forcément d'une justification convaincante. C'est à ce même titre que Kristina Buozyte a sûrement, comme beaucoup de jeunes réalisateurs, voulu trop en faire, trop charger son film dont la substance est pourtant électrisante et les fulgurances nombreuses.

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