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Taram et le Chaudron magique

Long-métrage d'animation de Ted Berman et Richard Rich Fantasy et animation 1 h 22 min 27 novembre 1985

Avec Serge Lhorca, Roger Carel, Grant Bardsley

Au coeur du pays de Prydain, un jeune garçon de ferme du nom de Taram se porte volontaire pour une mission héroïque. Equipé d'un glaive aux propriétés magiques, il doit empêcher le perfide seigneur des Ténèbres de tirer profit des pouvoirs surnaturels d'un mystérieux chaudron magique capable de...

Film Disney mal-aimé et singulier au sein de la filmographie du studio aux grandes oreilles, Taram et le Chaudron Magique, sorti en 1985, vaut pourtant bien mieux que sa désastreuse réputation le laisse supposer. Déjà, c'est un spectacle étonnament adulte pour un Disney, mais en outre, il constitue l'une des rares tentatives du studio de sortir de leur réputation du carcan des "films musicaux pour toute la famille" et rien que pour cette audace, c'est assurément un film à voir.

Pour ma part j'ai adoré ce film étant enfant et encore aujourd'hui. Malgré l'ambiance pesante, ses imperfections graphiques, et du héros Taram qui énerve assez par son comportement de gamin capricieux, qui semble plus subir les évènements de son histoire que de réellement les affronter, le film reste quand même un divertissement à voir ( clin d'oeil aux fans de Tim Burton qui fut l'un des collaborateurs et designer du film).

Certes le film ne manque pas de défauts :

Cette adaptation maladroite des "Les Chroniques de Prydain" écrit par Lloyd Alexander enlève une bonne partie de la magie de ces romans. Voulant faire à la fois un film pour adultes tout en surfant aussi sur un public enfantin, Le studio disney se focalise ainsi sur le deuxième tome de la série auquel il apporte quelques modifications. Le Seigneur des Ténèbres, par exemple, personnage mineur dans le roman, prend du grade à l’écran. Joe Hale a, en effet, tout de suite pensé qu'il ferait un méchant charismatique à souhait. Inversement, certains personnages principaux du livre sont mis au placard tandis que que les subtiles relations entre Taram et Eilonwy sont simplifiées à l’extrême. Pire, certains rôles secondaires sont maladroitement rajoutés pour égayer l’histoire, jugée à la fois trop sombre et trop lente. Le résultat obtenu est mitigé. Il est l’archétype même du compromis bancal : trop effrayant pour les jeunes enfants, pas assez sérieux pour les adolescents et presque blasphématoire pour les adultes amoureux de l’œuvre d’Alexander et au-delà de la mythologie celte. Au final, le premier tiers du récit (jusqu'à l'enlèvement de Tirelire) se tient relativement bien. Ensuite, et pour tout le reste, il devient une succession de fuites en avant et de quêtes dépourvues de sens, alignant des scènes sans véritables liens entre elles. Prouesse rare en animation, même les personnages principaux ont l'air de se demander ce qu’ils leur arrivent, subissant plus qu’ils n’agissent.

Taram est ainsi transparent et endosse mal la peau du vaillant jeune héros. Il avait pourtant de quoi plaire au plus grand nombre tant il est l'archétype de l'anti-héros par excellence : rêveur, lucide et modeste, plus téméraire que courageux. Pourtant, il donne, ici, la plupart du temps, l'impression de subir l'action plutôt que de la mener.

Eilowny , princesse avant-gardiste de son époque ! Courageuse, plus débrouillarde et réfléchie que Taram est assez attendrissante. Dommage que le doublage français notamment lui est donné une voix de petite fille très aigüe qui enlève une totale crédibilité à ce personnage déjà aussi malheureusement très peu exploitée dans l'intrigue. Cependant, gamine j'adorais son apparence et son caractère, devenant et restant ma 3ème princesse favorite derrière Belle et Ariel.

Gurgi est assurément pour certains spectateurs, le personnage le plus mal exploité du film. Cette petite boule de poil au design pourtant adorable, navigue, en effet, entre deux eaux si bien qu’il a du mal à faire fondre le cœur des spectateurs. Son caractère est, il est vrai, trop mal défini pour emporter l’adhésion. Tour à tour, mignon et chapardeur ou courageux et lâche, ses ambivalences constantes font que son sacrifice final tout comme sa résurrection n’émeuvent guère de monde.

La vraie révélation du casting est, en effet, Crapaud, le serviteur faire-valoir et souffre-douleur du Seigneur des Ténèbres. Qu'est ce que j'ai pu rigoler quand j'étais petite en le voyant à l'écran ! même aujourd'hui encore je ne peux pas m'empêcher de sourire. Son design est ainsi fabuleux tout comme sa personnalité parfaitement bien sentie : aussi peureux que vantard. La scène où il en vient à se flageller lui-même pensant à tord que son maître allait le faire, est sans aucun doute un modèle du genre dans le processus de définition d’un personnage.

Autour des rôles principaux, une ribambelle d’intervenants plus ou moins secondaires tente de faire sa place ; le scénariste ayant visiblement été contraint de sortir les forceps pour densifier sa galerie. Le premier d'entre eux est Ritournelle ( qui bien sûr ne semble pas apporter quelque chose au film). Ses apparitions sont, il est vrai, poussives et tombent toutes comme un cheveu sur la soupe. Lui qui visiblement est là pour apporter un peu de sympathie au récit ; ou encore les sorcières du Marais idiotes et ridicules.

Alors vous vous dites : "pourquoi autant de critiques alors que tu mets la note maximale ?"

Car malgré ses défauts que tout fan de Disney ou cinéphile pourrait trouver, je garde pas moins un attachement inébranlable pour ce film. Un "seigneur des anneaux" en dessin animé en quelque sorte, et puis la découverte étant gamine pour la toute première fois, le genre héroic-fantasy que je ne connaissais pas du tout à cette époque. De plus l'univers, les musiques, la féérie et le rêve qui émanent me laissent toujours autant en admiration. Le méchant "Seigneur des ténèbres" plus moche et effrayant que n'importe quel autre méchant de disney, une ambiance sombre et lugubre digne d'un film fantastique, les thèmes abordés comme le courage, la mort, l'amitié... Font de ce film un ovni attachant dans la filmographie Disney.

La preuve que même une adepte passionnée des films Disney, comme La petite sirène, La belle et la bête ou La Belle au bois dormant aux codes angéliques et purs, peut trouver à l'intérieur de Taram et le Chaudron Magique un univers enchanteur, majestueux et inoubliable.

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