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De l'eau tiède sous un pont rouge

Film de Shôhei Imamura Comédie dramatique, fantastique et romance 1 h 59 min 3 novembre 2001

Avec Kôji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baishô

Yosuke, un homme d'une quarantaine d'années que sa femme vient de quitter et qui ne supporte plus son travail, se rend, sur les conseils d'un vieux vagabond, dans une maison particulière, située au coeur d'un village de la péninsule de Noto, et d'où l'on peut apercevoir un pont rouge. Dans cette...

À l'instar de son titre, aussi mystérieux que poétique, De l'eau tiède sous un pont rouge est un film trompeur, notamment pour celui qui découvrirait ici le cinéma de Shôhei Imamura. Car, si on s'attend à une belle petite romance agrémentée de bons sentiments, de violons doucereux et d'un esthétisme séduisant, on risque fort d'être déçu. Imamura ne fait pas dans le romantisme béat, ça ne l'a jamais intéressé et ce n'est pas à 75 ans que les choses vont changer. Ce qui a toujours été le moteur de son cinéma, c'est à la fois la volonté de porter un regard entomologiste sur la société nipponne et d'évoquer, parfois crûment, le tabou du désir féminin bridé. On retrouve tout cela dans ce film, qui s'avérera être son dernier, mais traité d'une manière légère, mi-sérieuse mi-fantaisiste, avec la volonté farouche de défendre les valeurs humanistes, actuellement mises à mal par une crise économique qui ne fait pas dans le sentiment.

Ainsi, l'étonnant point de départ de cette histoire, qui nous conte quand même la rencontre entre un quadra, récemment mis au chômage, et une femme fontaine, dont chaque coït se termine en petit tsunami, ne sert au fond que de prétexte pour évoquer le Japon des années 2000, un Japon en crise qui n'hésite pas à licencier à tour de bras, à précariser les plus faibles ou à rejeter celui qui est différent (une femme un peu trop libidinale pour être honnête, un étudiant un peu trop noir pour être japonais...). Ce n'est pas un hasard si, parmi tous les personnages, l'épouse de notre quadra, qui semble accepter la tournure des événements, est la seule à nous paraître antipathique. Froide, austère, impitoyable, elle est un requin parmi les requins qui se moque pas mal des scrupules de son mari. Elle incarne parfaitement cette société individualiste, où seul le profit compte...

Ce que souhaite avant tout Imamura, c'est une société qui remette l'humain au centre de toutes les préoccupations, au cœur de tous les échanges. Ainsi, lorsque Yosuke se met en quête d'un trésor fabuleux, c'est pour trouver une statue d'or dont la valeur devrait lui assurer un avenir radieux. Il ne pense, en aucune façon, que celui-ci puisse revêtir l'apparence d'une femme dont la richesse intérieure, débordante à tout point de vue, va lui permettre de regagner le bien le plus précieux qu'un homme puisse avoir, l'estime de soi. Cette rencontre improbable va devenir, en premier lieu, une affaire de sexe avant d'évoluer, au bout de quelques hectolitres de liquide utérin, en histoire de cœur, permettant à l'homme détruit de retrouver une seconde jeunesse et à la femme exclue d'accéder enfin à la reconnaissance.

Bien sûr, la fable demeure légère, un peu simpliste, et peine à remplir deux heures de péloche, mais la force du cinéaste réside dans sa manière de nous conter l'histoire, un peu à la manière d'un Tati ou d'un Kurosawa, en portant un regard bienveillant sur chaque personnage, en exaltant le doux humanisme qui siège en chacun d'entre eux, à travers notamment quelques gags à l'esprit bon enfant. Ainsi, si le récit peut perdre de sa force au détour de ses multiples digressions, celles-ci permettent au cinéaste de dresser le tendre portrait des exclus du système (vagabond, vieillards, voyou, etc.).

Et Imamura touche à son but en regroupant cette faune d'indésirables autour de la fameuse maison près du pont, lieu de la résurrection des sentiments humains. Ainsi, le bonheur qui irradie de notre couple d'amoureux, symbolisé par un geyser tonitruant, va finir par contaminer tout l’environnement, comme ce liquide postcoïtal qui redonne vigueur aux arbustes, fait pousser les arcs-en-ciel et ameute le poiscaille, ce qui finit par réunir vieux pêcheurs et jeune étudiant Noir. Le symbolise de la femme fontaine, mère et mer nourricière, matrice de la vie, peut paraître un peu facile et, il est vrai, qu'on a connu Imamura plus inspiré. Mais au fond cela importe peu, De l'eau tiède sous un pont rouge s'avère être dans la suite directe de ses précédents films, c'est une fable humaniste, suave, certes un peu humide, mais foncièrement revigorante.

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