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La Troisième Partie de la nuit

Film de Andrzej Zulawski Drame, Épouvante-horreur et guerre 1 h 46 min 4 janvier 1972

Au cours d'une rafle de la Gestapo, un résistant, Michel, secourt une jeune femme sur le point d'accoucher. Très vite, il voit en elle et dans le bébé l'image de sa propre femme et de son fils, tués par l'occupant. La nouvelle vie qu'il mène avec eux l'incite à réfléchir sur son passé.

Rudolf Weigl, biologiste polonais de son état, est le premier à avoir inventé un vaccin efficace contre le typhus européen. Pour cela, il utilisait une technique qu’il avait perfectionné au fil du temps qui nécessitait le recours à des poux. Ces poux suçaient leur sang d’êtres humains, appelés des nourriciers, puis étaient infectés par le typhus. On les gavait pendant encore quelques jours, pour ensuite créer le vaccin à partir de leurs intestins. Grâce à l’intérêt que les nazis portaient à Weigl, celui-ci put continuer ses recherches en Pologne pendant la Shoah. Pour ce faire, Weigl employait notamment des juifs (résistants, intellectuels), à ses risques et périls, leur évitant ainsi un aller simple pour les camps de concentration. Mirosław Żuławski, le père de Andrzej travaillait à l’institut Weigl, au titre de nourricier. Aidé de son père, qui participa à l’écriture du scénario, Andrzej Zulawski s’attela à réaliser son premier long-métrage, La Troisième partie de la nuit.

La troisième partie de la nuit est d’abord le récit de la culpabilité d’un homme. Le film parle de l’errance à Cracovie de Michal, en Pologne occupée par les nazis. Michal est un homme dont la femme, Helena, et le fils, Lucas, ont été assassinés par la Gestapo. Résistant de son état, Michal essaie d’échapper à ses bourreaux et se retrouve par le plus grand des hasards, suite à une course poursuite effrénée devant une autre femme, Marta, qu’il aide à accoucher, femme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son épouse décédée. Sans cesse rattrapé par son passé, mais obligé de composer avec le présent pour assurer sa survivance, Michal se décide à rentrer à l’institut « Weigl » pour y devenir nourricier en tentant de faire profil bas. Cette tâche, ô combien ingrate le plongera dans un mélange rempli de désarroi face à la vie et de tentative de retrouver celle qu’il aime, à travers la figure de Marta.

Le premier long métrage de Zulawski s’inscrit dans la lignée des chefs d’oeuvres du fantastique, de la littérature au cinéma. Son personnage principal, Michal, est une tentative de communiquer au spectateur en face de l’écran le grand désarroi qui touche le réalisateur dans la production de son art : où trouver la légitimité du cinéma, face aux horreurs de la vie quotidienne ? Cette question à la réponse insondable sous-tend l’ensemble du film, dans une vision teintée de nihilisme. L’ouverture se fait sur une lecture d’une partie de l’Apocalypse de Saint-Jean, par Helena, le regard plongé dans le vide. S’en suivent l’arrivée en cheval des allemands, filmés en contre-plongée avant leurs actes innommables, tels les anges déchus pourfendeurs du Livre de la Révélation. En leur échappant, de justesse, Michal fuit la mort, son destin incontournable, dans un sursaut opportun qui lui permet d’obtenir encore un peu de répit avant le passage de la faucheuse. Cette lâcheté est une des caractéristiques principales de sa propre survivance : n’a-t-il pas, comme le lui dit son père, implacable dans son jugement, pris la femme et l’enfant d’un autre ? Croit-il qu’en jouant la sage-femme pour Martha cela lui permet de s’octroyer la paternité du nouveau-né ?

Sans comprendre que La troisième partie partie de la nuit est imprégnée de toute une croyance chrétienne qui tient son origine dans la très catholique Pologne, le spectateur ne peut saisir les tourments métaphysiques de Michal, et donc de Zulawski. Le film n’est ni obscur, ni complexe. Cependant, il nécessite quelques connaissances pour pouvoir être pleinement apprécié. Il est en quelque sorte l’inverse d’un Andreï Roublev, tout en possédant des postulats extrêmement semblables. A travers son Andrei Roublev, Tarkovski pose l’existence d’une foi spirituelle dont les accomplissements relèvent de l’extraordinaire, face à la brutalité excessive des hommes. Andrei Roublev est un idéaliste, dont la sensibilité lui intime un retrait du monde des humains, jusqu’à ce qu’un signe lui permette de réapparaître pour donner son art à l’humanité. En cela, Tarkovsky nous dit que tout n’est pas perdu. Zulawski lui met en place un idéaliste pour mieux mettre en avant son dédouanement face au reste du monde. Il en fait un être aux mots maladroits, voire presque indécents lorsque face à ses collègues nourriciers, en pleine guerre, Michal postule que la littérature est importante, l’imagination aussi, plus essentielle que le reste. Pendant que les poux leur sucent le sang goulument, pendant que les poux les tuent à petit feu, en les rendant malades et exsangues. Michal ainsi ne devient pas juste un incompris, mais quelqu’un qui surtout n’a rien compris. Dieu les a abandonné, comme l’exprime son père pendant une oraison funèbre à la morbidité célinienne.

La Troisième partie de la nuit est plus qu’un doute, c’est une eschatologie. L’échappatoire est impossible et non envisageable, car s’il y avait un Dieu auparavant, il les a abandonné. Il n’est là que de façon passive, voyant ce qui se déroule, à travers un « œil omniscient » qui constitue l’ultime symbole du film, comme un pied de nez face à l’absurdité engendrée par une guerre effroyable.

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