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La Tête d'un homme

Film de Julien Duvivier Policier 1 h 40 min 18 février 1933

Avec Harry Baur, Valery Inkijinoff, Alexandre Rignault

Dans un café, Willy Ferrière, noceur désargenté, accompagné de sa maîtresse Edna Reichberg, dit bien haut qu'il payerait cher pour qu'on assassine sa tante à héritage. Peu après, Willy et Edna reçoivent le mot d'un consommateur relevant le défi. C'est donc Radek, un mystérieux apatride, qui tue la...

Si LA TÊTE D’UN HOMME n’est pas le plus connu des films de Duvivier, il est peut-être l’un de ses meilleurs, ou du moins l’un de ses plus importants. À bien des égards, il fait partie de ces films qui ont marqué le début du courant ayant dominé la production française dans les années 1930-1940 ; le réalisme poétique, tel que le qualifie l’historien Georges Sadoul. Ce mouvement, influencé par la littérature naturaliste, les avant-gardes et le cinéma expressionniste allemand, regroupe autour des acteurs Michel Simon, Jean Gabin, Arletty et Michèle Morgan, les cinéastes issus de l’« impressionnisme » (dénomination légitimée par Henri Langlois de la première avant-garde française) René Clair, Marcel L’Herbier, mais aussi Jean Vigo, Marcel Carné, Marc Allegret, Jacques Becker, Jean Gremillon, Jacques Feyder et donc, Julien Duvivier. Il s’agit pour eux de combiner naturalisme et mélodrame, en capturant les environnements populaires de façon esthétisée, s’éloignant de l’approche documentaire tendant vers un réalisme crédible. Si l’Histoire aura eu raison de retenir des œuvres marquantes comme LA BELLE ÉQUIPE et PÉPÉ LE MOKO, la majorité de l’œuvre de Duvivier se verra éclipsée par celles d’auteurs comme Renoir, Carné ou Vigo. Espérons que des films comme celui-ci, grâce à la récente restauration menée par The Criterion Collection, seront enfin reconnus à leur juste valeur.

Duvivier met en vedette l’un de ses acteurs fétiches, Harry Baur, dans le rôle du commissaire Maigret, un ancien détective privé appelé à sortir de sa retraite pour résoudre le meurtre d'une femme aisée assassinée dans sa villa. Le crime - cela nous est révélé très tôt - est le résultat d’une conspiration mise en place par son neveu, désireux de toucher son héritage. Il commandite l’homicide à un certain Jean Radek (Valery Inkijinoff), jeune étudiant en médecine d’origine tchèque. En brillant criminel qu'il est, il s'assure que les preuves pointent son partenaire Joseph Huertin (Alexandre Rignault), un livreur d’apparence simplette d’esprit.

Baur est, comme toujours, fantastique. À une époque où les canons du jeu d’acteur étaient répartis entre les comiques excentriques et les tragédiens emphatiques, il apparaît impressionnant de retenue et possède une présence imposante à l'écran. On peut y voir une approche précurseure de la méthode Stanislavski, popularisée des décennies plus par les grands noms du cinéma américain. Et que dire d’Inkijinoff ? Son jeu au départ intériorisé reflète le calme apparent de Baur. Puis, sa personnalité torturée et mégalomaniaque prend le dessus et l’acteur russe incarne brillamment ce basculement dans la folie.

Mais l’aspect le plus impressionnant du film reste sa mise en scène, dans laquelle on retrouve toutes les caractéristiques du style en vogue dans le cinéma français des années 1930 ; intérieurs sombres, éclairages expressionnistes et direction photo aventureuse. Et bien sûr, les « héros » désabusés qui habitent ces lieux nous offrent une radiographie de la sordide réalité d’une France alors dénutrie par la crise économique.

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