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Le petit Joseph

Film de Christophe Donner et Jean-Michel Barjol Comédie dramatique 1 h 38 min 13 octobre 1982

Avec Jean-Marc Thibault

"Joseph Galloudec, sept ans, vit au dix-huitième étage d'un immeuble de la banlieue parisienne, entre sa mère Julia et son père Jean-Claude, ingénieur informatique et militant communiste. Ses parents connaissant des problèmes de couple et sa mère devant bientôt accoucher, il part pour les grandes...

« On n'est pas là pour rêver, on est là pour s'instruire » (dit un professeur, issu de la diaspora Bretonne et anticléricale à Paris)

Merci Fritz Langueur de SC qui m'avait donné le lien YouTube vers ce film passionnant. Il est sur la famille et la France (notamment celles des années 80 mais ça reste universel). C’est principalement un voyage en caravane en famille : parents, enfants et un petit-fils, le ‘Petit Joseph’ du titre. On verra les personnages principalement par ses yeux.

…Une époque où des professeurs en France fument en classe, frappent les élèves et boivent des bières au volant « pour se rafraichir »…et les femmes servent beaucoup à table. C’était il y a seulement 36 ans…(je me demande ce qui dans 36 ans, en 2054, surprendra aussi nos remplaçants?) Quand cette famille part en vacances en caravane, on a une impression de prequel/sequel au film Dupont Lajoie : car on dirait un peu des clients possible du camping du film d'Yves Boisset.

Un couple marié de professeurs travaillent dans le même lycée : ils ont 3 fils encore à la maison, qui vont au même lycée et sont dans les classes de leurs parents (...je n'ai pas connu ce cauchemar). Les parents ont aussi un autre fils, malade, en maison de repos. Ils sont d’une gauche athée. Ils ont encore un autre fils, ingénieur informatique, lui aussi de gauche, mais d’extrême gauche révolutionnaire…et bien sûr marié à une bourgeoise…leur couple (étrangement…) bât de l’aile… ils ont eux-mêmes déjà un fils, « le petit Joseph». Qui attend « sa petite sœur » car sa maman est enceinte.

Les professeurs en vacances amènent en caravane leur trois fils encore lycéens et Joseph, leur petit-fils. Avec ordre étrange de son papa de "ne pas lui donner de leçons de vacances", "l'école est finie".

Ils vont « faire les châteaux de la Loire », visiter leur fils malade (dans une « autre sorte de château »…), « visiter » une usine désaffectée (même si le papi refuse le mot 'visite' pour une usine). Puis ils visiteront aussi les parents de Monsieur en Bretagne (en bord de falaises) puis traverseront la Manche en Ferry pour s’arrêter en Angleterre dans un camping à fin de séjour linguistique (même si entre eux).

LIEUX DE TOURNAGE: Le film a donc de multiples lieux de tournage (donc déjà, sur le papier, c’est pas du travail fainéant…) : _un asile/maison de repos qui "ressemble à un château" d'après l'enfant…très forte scène, inoubliable, pleine de non-dits, pleine de hors-champ…on imagine tout et on complète le puzzle de la famille… _ les lits des couples…la dernière scène dans le lit est très violente : le mari pourtant éduqué, diplômé, politisé… se comporte comme une amibe dont le cerveau s’est détaché pour couler dans sa bite…il exige que « chez lui, sa femme doit rentrer dans leur lit sans chemise de nuit » _autres lieux de tournage: les salles de classe des profs fumeurs et frappeurs ; _la cuisine des profs chez eux, _celle des grand parents Bretons (les racines, la FFFrance), _la maison bourgeoise de la belle mère (toujours en retard pour amener à l’école le petit Joseph) _la bibliothèque de la belle-mère, pleine de livres en contraste avec celle des parents en appartement équipée que de la télévision _la salle-à-manger des parents professeurs, celle des grands-parents Bretons, _l'appartement du plus jeune couple en crise _la caravane _des plages _la voiture vers les vacances (les scènes de voiture sont si bien filmées d'ailleurs que ce sont mes favorites et celle les plus intemporelles et universelles qui me rappellent les miennes des années 90; on oublie la caméra) _la caravane à l’arrêt, le ‘trailer’ à l’Américaine _les visites de châteaux : sans doute des scènes qui ne seraient plus possible de nos jours ou coûteraient une fortune… _des scènes de plage: ils ont si froid, tant il fait du vent...plage de Bretagne sur quai en béton…puis en Angleterre

SUJETS ABORDES: Le film aborde plein de sujets : _l’anticléricalisme…une preuve de plus, si besoin était,et il y a besoin, que la France n’ a pas attendu le gonflement statistique d’une religion minoritaire pour déjà être laïque et avoir des anti religieux, des anti cléricaux (quels qu’ils soient)… _les institutions _l'école _la famille _la pression sociale :

« t'es maigre ! tes bras sont des clous ! »

_le divorce _ses conséquences sur les enfants (#culpabilité) _les banques:

tu peux emprunter, t’es ingénieur » « non, je veux vivre en banlieue avec les gens de peu

_la religion _l'athéisme _les asiles et l'enfermement peut-être forcé (dans la lignée des films de Depardon et bien d'autres) _la désindustrialisation et la tertiairisation de la société début 1980 : très belle scène dans une usine désaffectée entre deux visites de châteaux _le machisme _la violence au sein d’un couple aux apparences si normales aussi fort que le nouvelle série 'Big little lies' ...mais 40 ans plus tôt...alors quand on dit que personne n'en parlait...c'est faux...PERSONNE N'ECOUTAIT...c'est différent...comme d'habitude, on attend que le nombre de citoyens en colère atteigne une sorte de [MASSE CRITIQUE]8 dont on ignore le taux nécessaire ...pour qu' enfin, une sorte de réaction 'chimique' se fasse dans la société et que tout le monde parle enfin des injustices...)

Jean-Marc Thibault:

_*Le grand père du petit Joseph

: Al Pacino-esque Jean-Marc Thibaut, il est prof de lycée ; Dès sa première scène, en classe, juste avant les vacances scolaires, où il rend des copies à des élèves: il impose son naturel. Il commente les copies assez gentiment mais tout en distribuant le plus naturellement du monde des gifles (à la Depardieu)…des grosses baffes à ses élèves....de grosses claques bien sonores...des mandales...de bonnes grosses torgnoles qui viennent s' emplâtrer dans la face soumise d'adolescents baissant les yeux...#Jean-Michel Blanquer

Mais pour être juste avec ce professeur, il faut reconnaître qu'il frappe aussi ses fils dans la classe...il est donc "juste"... Et il frappe AUSSI quand l’élève a une bonne note, un 16/20, mais cette fois, c'est « à cause de ta coupe de cheveux »...c’est son fils.

Dans la voiture, il menace sans cesse de les frapper ; à la maison, il les frappe aussi ; plus tard, lors de la visite en clinique d’un autre fils fatigué, malade…il menace de le frapper aussi, sa femme le retient… (si vous avez lu jusqu'ici, vous trouvez que je répète trop le verbe "frapper"...ben, c'est comme les claques...ça se répète (sic))

C’est donc un papa frappeur mais aussi chanteur...la maman, elle, est douceur...pleurez-pas!... et puis il cite quand même Louis Aragon et Willy Shakespeare .

Et plus tard il boit des bières au volant : "ça rafraichit" dit-il... (#Alcool au volant "Le choix")

JEAN-PAUL BLANC

_*Le papa du petit Joseph est ingénieur informatique

*Il est joué de manière très convaincante par un acteur sur lequel je ne trouve pas d'info: Jean-Paul Blanc. Très fort. Intense.. Il a un regard de possédé, de violent, a toujours l’air en colère, il ressemble à un jeune Joseph Staline dont je venais de voir un portrait tout aussi effrayant ; Et le tout, dès sa première apparition dans leur salle à manger où il refait le monde.

C’est un extrême gauchiste…en mots…parce qu’en action et situation, c’est légèrement différent : il est ingénieur informatique, marié à une bourgeoise, a deux enfants dont un encore dans le ventre, mange chez ses parents professeurs tous les week-ends… Quand son père lui apprend qu’ils vont faire la tournée des châteaux de la Loire (Chambord/Chenonceau) cet ingénieur regrette que **> « Les Camisardss n'ont pas fini le travail et tout détruit quand ils en eu l'occasion»… **

Si l'enfant est le petit Joseph, le film est surtout l' occasion du portrait de ce père, aigri, en colère permanente, le grand Joseph: _C’est son frère qui est en asile mais c’est lui qui a l’air le plus fou ;

Il n'est pas loin du syndrome de Tourette : sa femme lui dit d’ailleurs (à 1h11) « tu ne peux pas faire une phrase sans une grossièreté » .

((((Il est très politisé ce coléreux: pour la petite anecdote personnelle dont tout le monde se fiche et ne lira pas (enterrée au milieu de ce tombereau/texte sans intérêt) : ça a été une belle coïncidence que le membre de mon cher SC, Fritz Langueur, me conseilla ce film dans les heures qui ont suivi mon visionnage d'"Apocalypse Staline", sur France Télévisions, une biographie de Staline. Car ça m'a permis de voir de suite la ressemblance physique entre le vrai Staline et son ersatz dans ce film... ...le p’tit Joseph Staline a eu la variole qui le défigura à vie; le dictateur historique était boiteux; avait un bras plus court, une jambe plus courte car écrasée par une charrue etc. antisémite ouvrant camps de concentration ; et en France, Aragon, en était très fan : admirant les camps de travail, les voyant comme de la reconversion à échelle nationale d’après France Télévision ;

dans notre film, le papa du petit Joseph n’est qu’un ersatz de dictateur dans son couple et dans ses idées et propos; il reste loin du vrai Staline, le dictateur historique…mais il en est un écho qui nous pollue.))))

_et coïncidence aussi que je sois au milieu de notes d'un autre excellent roadmovie road trip, American Honey, mais sur les Etats-Unis et en 2017…qui a pourtant d’énormes ressemblances et liens avec ce film sur la France et en 1980.

JULIETTE BRAC

_*La grand-mère du petit Joseph, Jeannette: prof aussi

*Elle travaille dans le même lycée que le père, dans la salle d’à côté ; une découverte pour moi de l'actrice Juliette Brac; au début, avant que ses élèves partent en vacances, on la voit leur conseiller de lire Aragon: (elle crie)

« je vous conseille de lire son livre "Les beaux quartiers" » « ...c'est le plus grand poète »…

Derrière elle, est écrit sur le tableau :

_"La femme est l'avenir de l'homme"

C'est assez ironique vue comment elle est traitée durant le film… comment les femmes sont traitées autour d'elle… comment elle se comporte… ...son mari frappe ses enfants avec sa complicité, en dépit de sa culture et éducation, ...elle fait la cuisine sans cesse et de partout, même en vacances…sans remerciements... ...le mari et enfants se font servir... ...elle a donné naissance à un gros macho (même s'il fait un peu la cuisine mais laisse la nourriture dans les casseroles… « bientôt tu nous les serviras dans les boîte de conserves » lui dit d’ailleurs la belle-fille)

Lors de la première scène de repas: le papa prof crie à sa femme d’apporter la suite "Jeannette! la suite!" "On a faim" "J'arrive, j'arrive"

Lors de la scène de voiture : elle crie plusieurs fois à son mari "Tiens ta droite"

Elle et son mari font un peu penser à des Bidochons...des, BIDOOOOOOOOOOOOOOOOOOCHONS , oui! mais cuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuultivés... (BD qui sortira d'ailleurs la même année.

Cette actrice, Juliette Brac, ressemble à un croisement entre Agnès Varda et Emmanuel Macron! Agnés Varda, pour son physique, et Sieur Emmanuel Macron pour son langage.... je découvre d'ailleurs les mots de "gastapianne", de Calembredaines...etc...

Plein de placements de produits, mais sans doute gratis: purée Mousseline (10') à table; Orangina (18'40) dans la voiture etc.

SCENES ET LIEUX DE TOURNAGE MARQUANTS: J'aurais aimé voir le film sur grand écran: _J’ai aimé les scènes de classe ; on voit les scènes du point de vue des élèves ; comme s’ils avaient une Go-Pro au fond de la classe…un sacré retour en classe…qui m’a rappelé de bons souvenirs… _les scènes dans la voiture, les 3 fils derrière avec le petit fils sur les genoux ; les parents devant conduisant

LES TROIS AUTRES FILS:

_*sorte de mini keums, mini Sex Pistols, les 3 stooges,

de la graine de mini PIEDS NICKELES…un a des cheveux militaire, future étudiant à ASSAS Université de droit, car élève aux 16/20 mais aux blagues risquées…ce fils rasé fait des blagues non politiquement correctes aussi; par exemple, avec un accent dit Africain, dit accent petit-nègre au moment du pique nique dans la voiture: "y'a de la viande maman ? pâââaceke j'aime biuuun la viande j'veux de la bidoche !"

Sacré fils du prof!...il a des petits airs de Jim Carrey, cheveux courts A se plaindre sans cesse: "On étouffe"

En associant des scènes de la VISITE DES CHATEAUX de la Loire, à celle d’un ASILE et puis celle d’une USINE fermée…les auteurs font-ils un lien entres ces lieux?:

Le père avant la visite, sur le parking :

"y'a un car d'Allemands qui arrive; on va essayer de passer avant eux"

**

(C'est pas la peine de se moquer de la jeunesse de la décennie actuelle, celles des précédentes étaient pareilles)/

1) ** Devant les beaux châteaux superbes, les ados ne les regardent pas; et le Petit Joseph, l’enfant, est sans cesse plongé dans une BD tout en marchant… pourtant devant Chenonceau… la BD comme ancêtre de l'Ipad et du portable…

2) fake news et réécriture de ce qu'était le passé:

Le fils: « j'aurais aimé vivre à cette époque » Mère: « dites pas n'importe quoi ! y'avais la peste, le choléra, le servage » Fils: « oh moi ! je m'y vois, "Marquis de Jean de Galloudec" » (le même fils, qui quelques minutes plutôt imitait "un" accent africain pour dire combien il aimait la viande) Père: « ben vous auriez pas fait long feu, à la cour et à la guerre... même pas digne de posséder un cheval »

Fils: « ben on peut rêver » Père ;) ;) ;) « non non non on n'est pas là pour rêver, on est là pour s'instruire »

(De nos jours, Riad Satouf dans sa dernière BD dit qu' Esther, a 12ans, a des amies à l’école qui ont « 500 euros par mois d'argent de poche »…)

MA SCENE FAVORITE (simple mais forte en sens, il me semble): _La bande s'arrête aussi prés d’une usine désaffectée que les enfants décident d’explorer : après des châteaux (vestiges de nos propres Kim Jong-Un locaux et bien Français du passé), ils se baladent dans les vestiges de notre ère industrielle ; le père les cherche et retrouve les enfants devant un feu qu’ils ont fait pour s’assoir autour... façon La Guerre du feu de JJ Annaud, film qui sortira la même année… une impression de l’avant, l'après… on revient de loin entre la découverte du feu et quand les usines sont construites puis abandonnées…...et on reviendra au feu (cf. Le temps du loup) ;

« où étiez-vous ? » « ben on visite» « une usine, ça se visite pas! »

_Pour leur faire comprendre que ces châteaux sont beaux et aimés de longtemps, la maman lit les mémoires et récit de voyage d’un autre…et internet me fait découvrir que c’est Balzac (Internet car, une fois de plus, comme souvent dans le film, l’auteur du passage lu, ou de la chanson chantée, n’est pas cité...ça d'ailleurs dû être dur pour les spectateurs de l’époque, une époque sans internet, les auteurs ne sont pas cités…comme si, le clients du cinéma allait reconnaître de eux mêmes...) …donc la maman lit du Balzac en voiture:

"mais la Touraine est la France, et le fleuve le plus national pour nous est la Loire qui arrose la Touraine. On doit dès lors moins s’étonner de la quantité de monuments enfermés dans les départements qui ont pris le nom et les dérivations du nom de la Loire.

À chaque pas qu’on fait dans ce pays d’enchantements, on découvre un tableau dont la bordure est >une rivière ou un ovale tranquille qui réfléchit dans ses profondeurs liquides un château, ses tourelles, ses bois, ses eaux jaillissantes"

Autre scène très belle: celle en ASILE/MAISON DE REPOS : 28’ Après les châteaux de la Loire, ils arrivent dans la cours d’un autre château, mais c’en est plus un : c’est une maison de repos ; ils rendent visite à un jeune homme; dans les 20 ans; on comprend que c’est un autre de leurs fils ; innocemment le petit Joseph crie « c'est tonton Daniel ? » « t'es pas en vacances ? » « plutôt en descente tu vois » « je fais pas de camping » « il est pas là ton père » « l' ingénieur à la con » « embrasse le » « il se lève pas ! » « je me lève pas car j'ai des coliques »

Il parlent de lui à la 3e personne, en sa présence...

« il a été mis là pour son bien » « l'argent c'est pas une problème »

« Jean-Claude (son frère) t'a trouvé du travail » « une bonne place dans l'informatique » « tu vois ton frère est prêt à tout » « …il veut me donner sa femme aussi » …le père s’avance pour cogner le fils… Mère: « pas ici » voyant que le père sur le point de frapper le gosse « il vaut me casser la gueule, y'a que ça qui le réveille »

La scène la plus terrible pour les parents est celle de nuit dans la VOITURE: …juste après la scène de l’hôpital psychiatrique, dans la voiture, le soir, les 3 autres fils endormis à l’arrière…la mère tente de noyer ses soucis dans l'organisation des visites suivantes « on devrait s'arrêter à Anger, à la cathédrale, y'a un beau sons et lumières, une reconstitution avec des cerfs »

…la mari (violent mais cultivé), le cerf de la famille, au lieu de bramer, trouve la force en conduisant de citer La légende des siècles (j’ai dû chercher sur internet) :

La Conscience "Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ; Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles"

(1 heure avant il était sur le point de frapper son fils malade à l’hôpital, maintenant il cite Victor Hugo) Mais la mère organisatrice de voyage, la guide du routard(ée/és) sort de son rôle et tâche supposée la distraire et lui faire oublier : « j'ai eu si peur (à l’asile), on n'a pas mérité pas ça » (en parlant du fils malade) …c’est leur fils qui est malade, qui est à l’hôpital, qui est frappé par le père, mais c’est elle qui n’a pas « mérité cela » ; en dépit de leur culture, ils ne comprennent pas tout; et nous non plus (et moi non plus) car on ne saura pas trop pourquoi le fils ne va pas bien : était-il amoureux de la femme de son frère? a-t-il reçu trop de coups de son père, un de trop ? …dépression, tristesse? tentative de suicide? « Enfermements forcés » pour le protéger ?

Scène VOITURE DE JOUR: jeux, confessions, chansons 30' ils écoutent « le jeu des milles francs ». Le ‘Question pour un champion’ de l’époque, mais à la radio… qui sera d’ailleurs aussi l'objet d'un road movie 6 ans plus tard mais en Tandem…

"les mystères de Paris sont d'Eugène Sue" Le père (le citeur de Hugo et Shakespeare) complète : "Eugène Sue... et moi je transpire"

Les enfants lisent Les Schtroumpfs à l’arrière, ces 4 enfants sont des Schtroumpfs , le papa violent est gargamel, la maman est la Schtroumpfette ; ils visitent les châteaux ; ils sont tout petits à côté de ces bâtiments, des nains mouvants, mobiles…façon nains du Château de Mirabell dispersés lorsque leur mode fut passée...ancêtres de nos nains de jardin Amélie Poulainesque...revenus depuis chez eux...en partie…

31’ « dit pépé, c'est quand que ma petite soeur va sortir du ventre de ma maman? » Papi: « j'en sais rien, demande à mamie »

Le film est plein de moments où des chansons, ou des poèmes ou des textes sont cités...comme celui de l'Internationale... (33’ Chanson en voiture):

« on enterre dans le ravin maintenant que les vignes ils y poussent du ravin qui boira de ce vin là boira le sang des copains s'ils obstinent ces cannibales à tuer nos camarades ils sauront que nos propres balles seront pour nos propre généraux c'est la lutte finale »

Une autre chanson révolutionnaire est chantée dans la voiture, elle parle de soldats qui ont pris cause pour des grévistes, paroles-gloire-au-dix-septieme:

"Salut à vous, à votre geste magnifique, vous arrivez en tirant sur nous, vous assassinez la République"

Je découvre grâce à internet que c'est un chant très révolutionnaire... ...sur des paroles d'un Montéhus (chansonnier...comme Ruquier..., et une musique d'un Chantegrelet et d'un Doubis (...Doubis, pas doubeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee mon frère) "En 1907, les vignerons du Midi se révoltent. Le gouvernement envoie la troupe. Le 18 juin, les soldats du 17ème Régiment d'Infanterie de Béziers refusent d'obéir aux ordres de leurs officiers et mettent la crosse en l'air. Malgré certains aspects patriotiques, cette chanson symbolise la révolte du contingent. on ne se tue pas entre Français"

.....tous ces jeunes morts pour être chantés des années plus tard dans la voiture d’un prof en vacances..…cliquez pour l'entendre.....

Scène BLASPHEME ET LAICITE: 33'24… au milieu des ruines, ils entendent des cloches et le fils aux cheveux courts façon Johnny Rotten, graine de punk (même s’il a des 16/20) de dire très ironiquement :

"Je vous salue marie"

33'…P’tit joseph, p’tit gibus, s’étonne de l’état des châteaux:

« pourkoi on vient ici, cé tou kacé » Mamie prof: « c'est pas tout cassé, c'est "en ruines" » Papi: « moi, j'aime pas les curés, mais faut reconnaître qu'ils ont fait de belles choses »

…des châteaux aux chapeaux… Bretons… les merveilleuses scènes en BRETAGNE _Superbe scène chez les grands-parents Bretons: la mamie à coiffe traditionnelle…cuisine en chantant…comme Michel Sardou…en cuisinant… Le papi m'est hélas incompréhensible…il parle Breton, c’est beau, c’est un moment de ciné à la Rencontre du 3e Type…une époque où un micro Voyage en terre inconnu pour le Petit Joseph était encore possible en France… 35’ Ils mangent des crêpes et boivent du cidre… La Bretonne en tenue apporte à la table des galettes, sert le grand-papa et le fils et le petit-fils…

« Merci maman »

plus tôt, on a vu la même scène mais JMThibaud servi par sa femme ne l’avait pas remercié, elle… « allez,encore un peu de cidre ! »

37' ils jouent aux dominos...DOMINOS en 1980..pas la télé....ne vous moquez pas! car je viens de voir dans l'excellente série Américaine, Search Party, que les Osselets reviennent à la mode ....OOOOOOSSSSSSEEEEEELLLLEETS auxquels jouent de jeunes branchouilles sur les toits des bâtiments de leurs start-ups _41' plan large de loin sur la ferme…la mamie sort de sa ferme, marche jusqu'à la voiture garée prés de la falaise et la mer…scène si belle… la ferme, la falaise, la mer, la mère, la voiture…un tableau mais en film… la mamie vient embrasser la fenêtre de la voiture…son petit fils de l’autre côté est effrayé, dégouté...nous, à ses cotés (avec la caméra), nous sommes bouleversés (inoubliable ; on comprend comment il s’en souvient).

Scène en EN ANGLETERRE : dictée et leçon donnée par la maman, tout en cuisinant ! (ça ! c’est du multitasking)…c’est un récit de voyage :

"aucun, sans doute, ne se rendait compte de ce qu'il éprouvait" "aucun, ne se disait qu'il voyait resplendir là une grande lumière" x5 "tous intérieurement se sentaient éblouis"

...c'est ce que cette femme rêvait sans doute que ses fils éprouveraient, en vain …dictée tirée des Misérables :

« Aucun peut-être ne se rendait compte de ce qu’il éprouvait ; aucun, sans doute, ne se disait qu’il voyait resplendir là une grande lumière ; tous intérieurement se sentaient éblouis. Il était évident qu’on avait sous les yeux Jean Valjean. Cela rayonnait. L’apparition de cet homme avait suffi pour remplir de clarté cette aventure si obscure le moment d’auparavant. Sans qu’il fût besoin d’aucune explication désormais, toute cette foule, comme par une sorte de révélation électrique, comprit tout de suite et d’un seul coup d’œil cette simple et magnifique histoire d’un homme qui se livrait pour qu’un autre homme ne fût pas condamné à sa place. Les détails, les hésitations, les petites résistances possibles se perdirent dans ce vaste fait lumineux. Impression qui passa vite, mais qui dans l’instant fut irrésistible. — Je ne veux pas déranger davantage l’audience, reprit Jean Valjean. »

Elle est athée la très jeune mamie et prof de notre film mais elle semble avoir quand même un saint en Jean Valjean… décrit comme une apparition christique…(((comme Castaner ou Gérard Collomb soupirant au sujet de Mâââââârhéhécron je les ai vus ma dernière fois à Paris)))

Ensuite la maman leur donne un sujet de dissertation :

"Il n'est pas de voie royale pour la science et ceux-là seuls qui ne craignent pas de gravir ses sentiers escarpés peuvent atteindre ses sommets lumineux" (Karl Marx) …le gout de l'effort …on n' a rien sans rien …grâce à internet, je découvre que c’est tiré de son livre le Kapital où : « Marx affirme sur le ton de la modestie qu’il « n’y a pas de route royale pour la science, et ceux-là seulement ont chance d’arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés. » Le mérite de cet ouvrage est justement de donner à voir au lecteur ces « sentiers escarpés » que Marx lui-même a parcourus, de même que ceux empruntés par ses éditeurs et ses traducteurs. Cet ouvrage offre donc l’esquisse d’une histoire textuelle et conceptuelle du Capital. » dixit Michael Heinrich dans « Ce qu’est Le Capital de Marx »

Scène où la professeur est peut-être un peu une cuistre (comme votre serviteur) car elle semble mal utiliser un mot…en découvrant son petit-fils encore tout mouillé de sa sortie à la plage…(et si les plages Anglaises sont belles, elles n’en sont pas pour autant toujours très chaudes…) : « Sêchez-vous! Si joseph attrape la "gastapianne" ! » Là, elle doit faire une erreur car d’après internet c’est une MST, maladie sexuellement transmissible ! sic

Scène de CULOT paternel classique ;) : Le Père à gros ventre sans cesse servi à table par ses femmes (mère et femme), regarde ses enfants: « ah ça, pour manger ils savent ouvrir la bouche » « normal qu'ils apprennent pas l'anglais ils sont toujours collés ensemble c'est pas des triplés mais c'est des siamois » …un voyage linguistique mais entre Français!

Une belle scène LECON DE VOCABULAIRE et au passage encore de l’anticléricalisme: 50'

« mais non, le château n'est pas ‘athé’ » « il est ‘hanté’ ça veut dire qu'il y a des fantômes » « c'est nous qui sommes ‘athés’ » « ça veut dire qu'on ne croit pas aux fantômes et à toutes ces choses… qui t'a raconté ces calanbredennes ? »

Le prof papa fait des mots croisés, il est cruciverbiste et bien sûr c'est communiste « il est marrant Andrieux »

« en 8 lettres, après son passage, il y a plus que des fauchés »

C’est sa femme qui le trouve: ...faucille

Scène HOMMAGE à ELSA TRIOLET: la mamie (courses en mains…) tient un télégramme et elle court annonçant essoufflée la naissance de leur petite fille ; « Elsa » dit le papi, « Elisa » corrige le petit frère de la nouvelle venue… « Elsa Galodech ça m'aurait bien plu » …on peut lire sur le journal que la mamie vient d'acheter partie d’un titre sur des "députés communistes"… Elsa Triolet était l’amoureuse de leur Aragon Elle a d’ailleurs écrit un livre qui s’appelle L’inspecteur des ruines Ce qu’aime faire ce papi : ‘Inspecter les ruines’ …sauf que dans le livre de Triolet, si j’ai bien compris, c’est une ruine d’homme, une coquille vide, une maison vide qui fouille les ruines pour trouver des trésors…

Une autre scène HOMMAGE A LA PEINTURE après celle de la ferme en bord de falaise: celle des enfants sur plage… 55’ enfant seul sur la plage le soir… superbe tableau cinématographique à la Turner aussi...

Scène BALANCE TON PORC : Sans doute excité par la perspective d'être surpris par ses parents qu'ils voient de son balcon arriver…ou alors c’est leur longue caravane qui lui donne le feu à la sienne…toujours est-il, qu’il saute sur sa femme en train de lire sur le lit…

"laisse moi on n'a pas le temps » dit elle "le temps, c'est comme le pouvoir ça se prend" crie le grand Joseph repoussé et frustré… mais bien sûr ,"les femmes ça se prend", « comme les ascenseurs »… « tu m'emmerdes Julia » « mais je suis une emmerdeuse » (tout ça parce qu'elle a pas voulu avoir une séance d’aérobic sexuel dans ces années 80 )

Scène de CULOT, le culot d’un père diplômé ingénieur à plein temps et qui moque l’Ecole: 1h03 ;) le gamin entend la maman utiliser le mot orphelin

"c'est quoi orphelin?" « pas de père, pas de maman » "oui, ça je sais, mais ça s'écrit comment" …et là, le papa sur un ton de reproche! « dis donc kesketé branché école toi! or-phe-lin o-r-p-h-e-l-i-n » ...il devrait être content que son fils s’intéresse à l’école! ben non …surtout venant d’un papa ingénieur informatique à plein temps…ne pas aimer l’amour de son fils pour ses études est d’un culot…

…pour sa défense, il rêve peut-être d’avoir un fils plus costaud que lui, assez gringalet: « putain, je t'ai dit de manger t'es maigre ! tes bras sont des clous ! »

Scène de CULOT (bis): …la mère est allée 's'occuper'… 'se distraire'... à refaire les couches du bébé… et c'est elle qui se fait engueuler car la casserole est froide… "c'est plus une jardinière c'est une assiette anglaise" « t'avait qu'à y aller toit même t'occuper de la petite

Le père (ingénieur, je le rappelle, en parlant de leur fille bébé) : « c'est pas normal, elle nous bouffe notre vie »

Juste avant, on apprenait qu’il ne veut pas déménager juste pour des raisons presque ‘ humanitaires’: il aime le quartier que ses parents profs, eux, détestent car ils le trouvent dangereux « vu les graffitis dans l'ascenseur » « tu pourrais emprunter ; tu es ingénieur informatique ; le banquier te prêterait facilement» Le papa (à la conscience citoyenne de mixité sociale…) :

"ici, il (mon fils) voit des fils de prolos" …c’est bien pour lui…

Comme l'enfant dans Le Pont des Espions de Spielberg qui était méga stressé et angoissé par l'Armageddon nucléaire à cause de son école et la communication de l'armée, le petit Joseph s'inquiète aussi beaucoup de la bombe atomique:

« quand il y aura la bombe on n'existera plus du tout ? » « non » « mais après ? » « ben après ? rien » « la terre n'existera plus » …c'est déjà en 1980 une critique des médias et de l’enseignement aux enfants stressés par la menace nucléaire…ils savent pas encore écrire ou lire que la peur les pollue…qu’ils sont infectés de l’angoisse de planeterrien…

'LE DIVORCE C'EST MAL' sic... Scène #balancetonporc II et ses conséquences sur les enfants: La nuit précédente, le mari a violé et frappé sa femme…scène hors-champ et sous-entendue qui a commencé par :

"enlève ta chemise quand tu rentres dans mon lit !"

…la mère part… …1h14 scène à la Kramer contre Kramer… « maman où vas-tu ? » Il était premier en maths, ses parents se séparent, il est devenu nul, il ne sait même plus sa table des neufs…ou qui est Michel Drucker.. et c'est la faute du divorce? ou de la folie machiste de son papa stressé?...

…1h17 après avoir tenter de refuser d'aller à l'école amené par sa grand-mère maternelle car ils étaient encore trop en retard (…la marque des Bourgeois d’après le film) qui eux ne doivent pas respecter le temps)… le petit Joseph balance son cartable à la porte…pour se plonger dans… "TINTIN chez les soviets" ! …dernier plan…il pleure, s'évade chez et dans ‘Boule et Bill’…

…en 1h40, le film aura cité et visité plus d’auteurs et lieux à travers juste quelques personnages …autant que toute une bonne série télé...en 1h40 auront été convoqués et cités en citations ou chansons épatantes: Louis Aragon, William Shakespeare, Les Camisards, des Chansonniers, Elsa Triolet, Balzac, Victor Hugo, Hergé, Peyo etc.

(merci SC pour cet éclairage et découverte)

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