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Histoire écrite sur l'eau

Film de Yoshishige Yoshida Drame 2 h 23 novembre 1965

Un jeune employé de banque, sur le point de se marier, apprend que sa mère a une relation avec son beau-père.

La Femme devient l'objet de toutes les convoitises et de toutes les attentions de la part de Kijû Yoshida, il va la filmer jusqu'à l'obsession comme pour en tirer l'essence même ou la nature profonde. Il réussira déjà une belle première approche avec La Source thermale d'Akitsu, filmant alors le désir, source de renouveau pour l'Homme et pour le pays. Croyant que la femme est l'avenir de l'homme, il va souhaiter que la société nippone se tourne dorénavant vers elle, histoire d'en finir avec cette société patriarcale, sclérosée et vieillissante. Il poursuit ainsi sa démarche avec Histoire écrite sur l’eau où l'on voit un jeune homme qui, pour pouvoir avancer, va devoir se libérer de son passé, choisissant en quelque sorte entre sa mère et sa fiancée. Yoshida explore un peu plus ce continent féminin qui l'intrigue tant, aborde le délicat thème de l'inceste pour parler du Japon de demain, mais également celui de l'amour et de la filiation. Un film ambitieux pour un sujet risqué, mais qui est abordé avec tact et brio ; la justesse de l'interprétation et la puissance évocatrice des images balayant rapidement les quelques appréhensions que nous pouvions légitimement avoir.

Le film débute avec Shizuo, jeune homme brillant et socialement intégré, il est sur le point de se marier et de quitter le cocon familial pour aller fonder son propre foyer. A priori, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, l'avenir lui appartient. Seulement, juste avant de faire le grand saut, il reçoit une lettre qui l'intrigue beaucoup ; celle-ci lui annonce que sa fiancée n'est plus vierge ! La stupéfaction est totale, plus rien ne sera comme avant. Bien sûr, on peut se dire que la portée de cette révélation est toute relative et qu'elle n'entamera, au fond, que la candeur de notre jeune homme. Mais en fait cette lettre ne fait que ressusciter un profond traumatisme, ravivant une ancienne douleur qui va remonter à la surface avec son flot de souvenirs, submergeant totalement notre vaillant Shizuo.

Il va ainsi se questionner sur ce désir de virginité, sur l'importance extrême qu'il semble lui accordé. Bien que sa fiancée soit très attirante, il ne semble pas pressé de consommer cette union. Une situation qui inquiète cette dernière ainsi que le beau-père qui, pour tester la virilité de son gendre, ne va pas hésiter à lui coller entre les pattes une prostituée. Mais le vrai problème pour Shizuo se situe ailleurs, il est plutôt à rechercher du côté de sa relation fusionnelle avec sa mère, la femme de sa vie, celle qui occupe toutes ses pensées !

Le thème de l'inceste est ainsi conduit par Yoshida de manière assez subtile, sans appuyer lourdement sur le propos. Il utilise habilement des flash-backs pour nous faire entrapercevoir la jalousie gagnant ce gamin lorsque ses petits camarades tombent sous le charme de sa mère, ou pour nous faire ressentir le sentiment de trahison qui l'assaille lorsqu'il comprend que celle-ci a un amant. La réalisation de Yoshida se veut aussi légère qu'efficace, il installe insidieusement le trouble dans l'esprit du spectateur en magnifiant son actrice principale, Mariko Okada. Celle-ci n'a que la trentaine mais elle va interpréter un personnage qui est censé en avoir vingt de plus ! Yoshida exalte ainsi la beauté de cette mère qui ne semble pas subir les effets du temps, elle incarne de ce fait une sorte d'icône de la sensualité qui va faire de l'ombre à l'épanouissement du fils, une puissance omniprésente, forcément castratrice, qui étouffe Shizuo. L'inceste reste présent dans les pensées, brillamment suggéré par la mise en scène comme lorsque Shizuo accueille enfin sa fiancée dans son lit, le plan suivant nous montrant la mère quitter sa couche.

Cette atmosphère prenante, étouffante mais également terriblement envoûtante est renforcée par l'esthétisme du film, extrêmement bien travaillé...peut-être un peu trop même ! Si le travail de Yoshida est remarquable, notamment concernant sa façon de sublimer les visages, on a souvent l'impression qu'il néglige le fond au profit de l'ambiance, cherchant un peu trop l'esthétisation à tout prix.

Histoire écrite sur l'eau reste une belle réussite pour Yoshida, c'est une œuvre troublante et fascinante, qui manque peut-être de consistance mais qui a le mérite d'aborder avec sensibilité des sujets délicats.

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