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L.A. Confidential

Film de Curtis Hanson Policier, drame et thriller 2 h 13 min 19 septembre 1997

Avec Kevin Spacey, Russell Crowe, Guy Pearce

Los Angeles, années 50. Alors que la ville est sujette à une vague de règlements de comptes après la chute du caïd Mickey Cohen, la police criminelle se mobilise toute entière sur l'affaire de L'Oiseau de nuit, un massacre au cours duquel est tombé un ancien flic. Trois inspecteurs au style...

«Quand Dieu a créé le monde, il a donné Babylone au Diable pour qu’il puisse s’amuser» Livre de Djieke.

Wendell a toujours le cœur lourd quand vient noël. Pas pour tout le tralala avec le sapin, la famille et la dinde à la con. Sa famille, ça fait belle lurette qu’elle porte un badge. C’est juste que ça lui fait penser à maman et ça, ça lui fait toujours mal. Toujours aussi fort alors qu’il est un homme aujourd’hui, une sorte de caillou. Dur avec les autres, et encore plus dur envers lui-même. Car il est lâche, faible et il le sait. Il a toujours dû s’accrocher à cette chienne de vie puisque cette salope n’a jamais voulu de lui. La sage-femme et sa main s’en souviennent encore. Alors, il s’est agrippé, comme à un radiateur.

Edmund est de garde ce soir, ce n’est pas une promotion, il bouche un trou. Ceux qui n’ont pas de femme à la maison vont s’alcooliser jusqu’à plus-soif pour fêter Noël. Il faut bien que quelqu’un tienne la baraque. Quelqu’un de droit, d’inflexible et d’incorruptible. Ils le détestent tous et en retour il les méprise. La police de Los Angeles c’est le degré zéro des placentaires et il n’aura presque pas de mérite à faire son trou. Il ira plus vite que papa, plus loin. Même s’il doit écraser quelques pourris au passage, il n’hésitera pas.

Jack claque 20 $ par mois pour qu’une tapette s’occupe de ce qui lui reste de cheveux sur la caboche. Ce n’est pas parce qu’on est un poulet qu’on doit être homophobe et se déplumer. Jack sait tout, sur tout et sur tout le monde. Un bottin mondain sur pattes et qui sent plutôt bon. C’est comme un passe-temps qui, à l’occasion, met du beurre dans les épinards. Jack connait les ficelles et sait qu’il vaut mieux être le marionnettiste que le pantin. Pourtant, il ne sait plus trop bien pourquoi il est dans la police. Parfois, quand il croise son regard dans un reflet, il se dit qu’il vaudrait mieux être mort que d’oublier pourquoi on fait les choses.

Wendell en a trop pris dans la gueule pour ne pas rendre la monnaie au cent près. Trop tôt, trop fort. Aucun môme devrait voir sa mère avec un démonte-pneu dans la tronche. Ça éteint les yeux. Les siens sont toujours posés sur autre chose, plus loin, plus tard. C’est sans doute pour ça qu’il passe pour un gros con. Tout le monde l’appelle Bud et il préfère. Wendell c’est le prénom que son fils de pute de père lui a donné et Bud ne veut plus rien avoir à faire avec cette ordure qui a éteint ses yeux. En l’accrochant à ce radiateur.

Edmund sait que quand t’es pas le plus costaud faut être le plus malin. Supporter les quolibets, faire fi, rester froid. S’ils voyaient les échafaudages dans sa tête. Edmund a grandi dans l’ombre d’un héros mais le futur, c’est lui aujourd’hui. Los Angeles, c’est Babylone, mère des putes et des abominations. C’est pour la lumière que le cinéma s’est installé dans la vallée. Les neuf lettres de l’usine à rêves posées là, sur la colline, dominent ce coin de cauchemar. Edmund sait les ruelles qui charrient la fange, mais il sait aussi que la lèpre s’immisce à ses pieds, éclabousse ses collègues et ses supérieurs. Ceux qui se dresseront sur sa route seront des ennemis.

Jack, pour tout le monde, c’est Hollywood Jack. Consultant spécial sur le show télé policier du moment. Il est là pour que ça colle au plus près de la réalité, mais pas trop. Du coup, il a sa petite renommé et palpe une rallonge pas dégueu parce que c’est pas avec sa solde de misère qu’il pourrait faire la coquet dans son costard de star. Fricoter avec le gratin ça ferait tourner la tête de n’importe quel péquin. Lui, la tête, il l’a sur les épaules. C’est au niveau du cœur qu’il a un souci. Hollywood Jack s’est acheté un stéthoscope. Le soir, quand il est seul, après une longue journée à jouer au paraître, il le pose sur sa poitrine. Juste pour se rassurer.

Bud, le gros con. Faut pas le dire trop fort ou alors, comme le vieux, il fait parler ses poings. Il lui ressemble trop, du coup Bud évite les miroirs. Il tape aussi fort que lui, comme si le visage devait éclater. Il frappe et n'entend plus rien. La cible posée sur une enclume, à aplatir. Aussi fine qu'une feuille à cigarette. Il n’avait jamais levé la main sur une femme avant Lynn. Rien que d’y penser, ça lui donne la gerbe. Alors on est tous condamnés ? Tout doit recommencer ? Il croyait au badge médecine, ce chèque en blanc pour soigner sa rage. Pour une noble cause. La justice et protéger la veuve et l’orphelin. Nettoyer la vermine de la Cité des Anges. Un remède à sa malédiction, qui coule dans ses veines. Une étincelle et c’est l’explosion, cette fois, elle a allumé ses yeux trop fort. Wendell s’en veut, il est lâche, faible et il le sait. Ceux qui se dresseront sur sa route seront des obstacles.

Depuis que Mickey C. est au violon, il y a un nouveau chef d’orchestre en ville. Jack le sait. Ça sent la poudre et ses narines ne le trompent jamais. Ceux qui ne savent pas protéger leurs arrières ont intérêt à apprendre à s’asseoir sur autre chose que sur leur cul. Jack pense à ce môme qu’il a croisé à ce cocktail. A ses yeux. Ils devaient ressembler aux siens quand il avait son âge. Quand il était encore vivant. Ce môme devait avoir vingt ans et ses yeux, morts, Jack n’arrive pas à les balayer. D’un revers de main, d’un clignement, comme il balaie tout d’habitude. Ça le hante, ce gamin plein de rêves, naïf, affamé, un ange shooté en plein ciel. Il ne laisse rien derrière lui, juste l’image d’un minet à voile et à vapeur, égorgé dans un motel, au seuil de sa vie. Jack laissera quoi derrière lui? Un Dean Martin de pacotille ? Une dédicace post-mortem au générique d’un show télé minable ?

Edmund pourrait accepter son sort et savourer. Shotgun Ed est devenu un héros en séchant des négros. Il a amassé les médailles, escaladé les grades. Ceux qui lui crachaient à la gueule lui cirent ses grolles à la langue. Mais Edmund a un arrière-goût amer, un message d’outre-tombe. Comme l’impression qu’on le prend pour un con. Faudrait fermer les yeux, tourner la tête, comme quand, bleu-bitte, il regardait ailleurs en dépassant les bars sordides qui louaient femmes et chambres miteuses à l’heure. Avaler son képi, c’est fini.

Le gros con explosif, le poulet des studios et l’arriviste à quat’z’yeux, c'est l’alliance contre nature, c’est allumer ses clopes avec des bâtons de dynamite, C’est partir en croisade à Babylone pour débusquer le diable et ne pas être sûr d’en revenir.

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