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La Lettre inachevée

Film de Mikhail Kalatozov Aventure et drame 1 h 37 min 27 juin 1960

Une expédition de jeunes géologues soviétiques (trois hommes et une femme) cherchant des diamants en Sibérie tourne au drame.

En revoyant récemment "La Lettre inachevée", je me suis rappelé ce qui m'avait déjà irrité dans "Quand passent les cigognes" du même Kalatozov à savoir son goût immodéré pour la mise en scène tapageuse, outrancière qui tel un bulldozer écrase tout sur son passage. Si dans "Quand passent les cigognes", il arrive à canaliser son art (ou sa fougue) pour élaborer une vraie histoire avec une véritable intrigue et de vrais personnages, ici sa mise en scène prend le pas sur tout le reste et étouffe dans l'œuf le peu d'intrigues et de psychologie qu'il avait tenté d'incorporer au début du récit. Pourtant ce n'est pas difficile, on sème deux-trois petites choses au début de l'histoire, on laisse gentiment germer et on l'utilise ensuite pour nourrir l'intrigue. Ici, ce n'est pas le cas ! Kalatozov est tellement pressé de montrer qu'il est le plus beau et le plus fort qu'il nous assaille dès les premières minutes avec ses effets de mises en scène, voulant à tout prix que chaque plan soit le plus beau. Oui, et l'histoire dans tout ça ! Il m'a fait penser à ces jeunes hommes trop pressés de prouver leur virilité à une donzelle qu'ils plient leur affaire en moins de temps qu'il faut pour le dire. Parfois il est bon de savoir prendre son temps et Kalatozov aurait dû méditer un peu dessus. Dommage car le bonhomme a du talent, beaucoup de talent !

L'histoire est très linéaire et terriblement simple, de jeunes et sémillants géologues (trois hommes et une femme), des diamants, une carte, la taïga et Kalatozov qui filme tout ça ! Bon pas de problème pour moi, j'aime les histoires simples, des hommes et la nature, avec un petit côté Dersou Ouzala qui n'est pas pour me déplaire. Dans la première partie, notre ami Kalatozov met en place ses personnages, on en a un qui écrit une lettre à sa femme, on sait qu'elle sera inachevée mais on se dit également qu'on va avoir droit à de beaux moments d'émotion. Au final, on n'aura pas grand-chose mais bon... On a ensuite un p'tit couple de tourtereaux qui se forme entre Tanya et Andrei, mais comme il y a le robuste Sergei qui ne laisse pas indifférent la demoiselle, on se dit "chouette un triangle amoureux, ça va pimenter un peu l'aventure". Et puis au final, on n'aura pas grand-chose non plus car cette situation va être abandonnée en plein milieu de l'histoire, on ne sait pas trop pourquoi !

Dans cette première partie le cinéaste à bien le souci d'incorporer quelques éléments scénaristiques pour étoffer son film, seulement ils sont soit abandonnés soit étouffés sous une mise en scène qui en impose dès les premières minutes. Ce qui est d'autant plus dommageable que notre bonhomme arrive à réaliser de bonnes choses comme lorsqu'il met en place son triangle amoureux, laissant transparaître avec beaucoup de justesse les tourments qui envahissent ces jeunes gens, à coup de gros plan et de montage judicieux, l'émotion et les sentiments contradictoires transparaissent sans trop d'efforts. Il nous concocte de belles scènes, comme celle tournée sous une pluie battante qui nous permet d'admirer un peu plus la belle Tatyana Samojlova dont le petit pull mouillé fait parfaitement son effet. Les gros plans sont magnifiques, les passages dans les hautes herbes le sont tout autant, la caméra virevolte gracieusement et on retrouve un peu l'élégance de "Quand passent les cigognes". Malheureusement, il y a toujours ces éléments outranciers comme ces flammes au premier plan accouplées à une caméra bien trop frénétique donnant une image bien trop illisible.

Dans la seconde partie le peu d'histoire que l'on avait s'étiole peu à peu, ne subsiste qu'un vague intérêt autour d'une carte dont on se fiche rapidement. La démesure de Kalatozov peut alors s'exprimer pleinement, filmant magistralement notre groupe affrontant les forces de la nature, le feu, le vent ou la neige ; il y a quelque chose d'infiniment beau et de captivant dans ces images même si on ne gagne pas en profondeur. Les travellings sont grandioses, les vues en contre-plongées avec ces personnages sur fond de ciel tourmenté sont exceptionnelles ; cette seconde partie s'apparente à un sublime poème visuel qui rattrape fort bien une première partie disparate, partant un peu dans tous les sens.

Ce film souffre néanmoins de la comparaison avec "Quand passent les cigognes", bien plus abouti, ici on assiste à une œuvre d'une vraie beauté mais assez inégale et bien trop superficielle pour marquer durablement le spectateur.

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