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Ready Player One

Film de Steven Spielberg Action, aventure et science-fiction 2 h 20 min 28 mars 2018

Avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn

2044. La Terre est à l’agonie. Comme la majeure partie de l’humanité, Wade, 17 ans, passe son temps dans l’OASIS – un univers virtuel où chacun peut vivre et être ce qui lui chante. Mais lorsque le fondateur de l’OASIS meurt sans héritier, une formidable chasse au trésor est lancée : celui qui...

Le blockbuster a toujours indexé sa hype sur les évolutions technologiques : en essayant d’en mettre plein les yeux à son public, les équipes ont révolutionné d’abord d’inventivité, puis de moyens, au point qu’on a souvent fini par parler des effets spéciaux, (puis « visuels ») comme finalité même des œuvres, reléguant le scénario et le propos à leur portion congrue.

Spielberg est bien placé pour en parler : à lui le bricolage du requin de Jaws, le carton-pâte d’Indiana Jones et l’arrivée du numérique dans Jurassic Park, jusqu’à l’anticipation des écrans tactiles dans Minority Report. Annonçant l’ère du jeu vidéo, jusqu’à se faire distancer par lui, le blockbuster joue son identité dans sa concurrence avec lui. Aussi, quand l’entertainer ultime s’empare du sujet, on peut s’attendre à tout.

Et « tout » est précisément le terme de circonstance.

Ready Player One fait partie des films qui font sérieusement réfléchir au concept même de bande-annonce. Non que celle qui a très lourdement et depuis des mois précédé ce film puisse être considérée comme mensongère, bien au contraire. Il s’avère que l’intégralité du métrage semble reposer sur la même économie narrative : du bourrage d’images mobiles, un fourre-tout exhaustif de la pop culture, déversant au gré de séquences ébouriffantes des références sous forme de compilation pixélisée.

Ajoutons à cela un esprit résolument infantile, qu’on paye cher par une exposition laborieuse, des rappels incessants sur les enjeux et les règles du jeu, un humour bas de gamme et des méchants d’une laideur proche de Thanos, des gentils en mode bande multiraciale qui rappelle presque les heures sombres de Hook, et l’édifice commence à sérieusement trembler.

Cet esprit vintage et ultra référentiel pourrait irriter davantage encore : on y verrait une volonté éhontée d’aller draguer les parents de la jeunesse qu’ils n’accompagnent plus dans les salles, un vivier inépuisable en terme de merchandising, d’autant que les réflexions sur les motivations des méchants (à savoir, saturer l’écran de pub pour faire du profit et faire semblant d’aimer les références de la culture 80’s américaine pour séduire les fans du Dieu concepteur) pourraient carrément se retourner contre Spielberg et ses collaborateurs.

Si Ready Player One ne sombre pas, c’est parce qu’un véritable réalisateur est aux commandes, et qu’il peut même prendre la casquette d’auteur à certains moments. Spielberg s’amuse, et semble souvent sincère dans la posture de papy qu’est désormais la sienne. Certaines séquences ne pourraient être aussi réussies sans sa patte : la belle course en marche arrière qui fait du plafond une projection des coulisses de la Bérézina en surface, par exemple, ou les allées et venues entre le monde virtuel et ses conséquences dans la réalité, au gré des sièges d’une armée devenant simplement rouge, conséquences de leur game-over. Cette fluidité dynamise les séquences et leur permet d’accéder à une lecture qui dépasse l’ambition basique d’un simple champ de bataille.

C’est là que le film prend une certaine saveur : dans sa façon, très subreptice, d'interroger le potentiel infini – et, par conséquent, écœurant – du catalogue virtuel. Le questionnement des avatars sur les êtres réels qu’ils représentent, la question de l’esclavage des endettés révélant les coulisses obscures de l’industrie du spectacle sont ainsi à peine évoquées, et le film aurait gagné à creuser ces idées.

À ce titre, la séquence d’immersion dans Shining est particulièrement osée. Dégageant dans ses premières minutes la véritable émotion de l’hommage par l’entrée dans ce décor si emblématique, elle vire ensuite au jeu de massacre dans tous les sens du terme ; on serait bien tenté de hurler au sacrilège si l’on avait simultanément envie de sourire quant aux libertés prises par cette vaste cour de récré.

Formellement, rythmiquement, cette grande parade est bien troussée. Mais il est toujours étonnant de voir que l’équation des références additionnées les unes aux autres n’aboutit jamais qu’à un seul résultat, celui de la victoire de la démocratie par l’amour et la solidarité, d’un Dieu qu’on croyait totalitaire qui enjoint sa jeunesse, après avoir payé son billet vers l’ailleurs, à retourner faire des bisous dans le monde réel.

Cruelle morale qui pointe justement les manquements du film : son authenticité. Ce n’est pas en allant puiser dans les émotions d’une époque révolue qu’on parviendra à la faire surgir. J’aime la DeLorean, King Kong, le T.Rex et la moto de Kaneda, parce qu’ils cristallisent l’esprit d’un univers qui s’érigent autour d’eux pour en faire des icônes, des symboles. Les voir exploités pendant ¼ d’heure comme des doudous régressifs carrossables dans le sens du poil m’indiffère.

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