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Pat Garrett et Billy le Kid

Film de Sam Peckinpah Drame, historique et western 2 h 02 min 23 mai 1973

Pat Garrett prévient son ami Billy le Kid qu'il a accepté d'être shérif. Mais malgré l'aversion que sa tâche lui inspire, Pat doit traquer Billy.

Tout ce qui naît a obligatoirement une fin ! Les hommes, les nations, les époques...

En ce début des années soixante-dix, la guerre du Vietnam montre des Américains embourbés dans un conflit qui les dépasse, loin de l'image idyllique et glorieuse de vainqueur de la guerre. Comme si, d'un seul coup, la réalité ne s'accommodait plus des postures ou des légendes.

Chantre du western et homme de son temps, Peckinpah rend compte de cette fin des époques ou des utopies dans son film Pat Garrett et Billy le Kid. Le parallèle s'y prête bien, car au fond les Etats-Unis des années soixante-dix se retrouvent dans une position similaire à celle qu'ils ont connue autrefois : une période qui vit la fin du far west sauvage et de son idéologie romantique au profit d'une société politisée et capitaliste. Les riches propriétaires prennent le pouvoir et dictent leurs actions aux politiciens, le barbelé qui s'étend sur les plaines devient le symbole de la fin de l'esprit libertaire. Plus rien ne sera comme avant, l'ouest sauvage n'est plus et l'Amérique n'a plus besoin de ses héros d'autrefois.

L'époque de l'Ouest sauvage se meurt, et l'un de ses représentants, Pat Garrett, décide de rentrer dans le rang en devenant shérif. Comble de l'ironie, il se met du côté de ceux qu'il combattait autrefois par réalisme, pour vivre riche et plus vieux. Il décide de s'adapter aux changements par intérêt personnel, contrairement à son ami Billy, et perd un peu de son âme par la même occasion. Tuer le Kid est inévitable pour en finir une bonne fois pour toute avec son passé.

On comprend bien que le dénouement de l'histoire, le vainqueur du duel, n'a pas grand intérêt ici. Il est connu de tous, d'ailleurs le destin tragique des héros est signifié dès les premières minutes du film. Ce qui va intéresser Peckinpah, c'est de filmer la lente agonie de cette Amérique d'hier symbolisée par le personnage de Pat Garrett qui n'hésite pas à se fourvoyer par pragmatisme, à piétiner cyniquement ses valeurs d'antan, et de la sorte à se tuer intérieurement pour survivre avant de disparaître définitivement. Ce n'est pas pour rien si Garrett est vêtu de noir durant tout le film, il est le fossoyeur symbolique d'une époque révolue dont il est l'un des derniers représentants.

À ce titre la prestation de James Coburn est éblouissante, monstre impassible et froid, il rend magnifique l'errance funeste de cet homme qui a vendu son âme au diable. À l'opposé, le personnage de Billy le Kid représente celui qui s'oppose aux changements, il est l'incarnation de cet Ouest mythique, beau, libertaire et sauvage. Le personnage de Billy n'est pas représenté comme une personnalité héroïque, il est aussi fourbe que Pat mais il reste fidèle à ses valeurs, celles de l'ouest sauvage. En cela le choix de Kris Kristofferson pour le rôle est fort judicieux, il incarne parfaitement ce mélange de beauté juvénile et de terrible dangerosité qui sied si bien au personnage du Kid. Un tueur à la face de bébé qui affiche un beau sourire tout en abattant des hommes désarmés ou en enfreignant les règles du duel. Malgré tout, on sent la tendresse et la nostalgie du cinéaste envers ce personnage qui, malgré ses défauts, reste fidèle à ses principes et n'est pas corrompu par le système. La scène finale symbolisant très bien le regard de Peckinpah sur cette époque, le Kid étant magnifié de façon presque christique tandis que Garrett voit son image voler en éclat dans le miroir.

Bloody Sam signe donc ses adieux à un genre qu'il lui a tout donné, malgré tout dans sa volonté de faire son dernier western il traite de nombreux thèmes qu'il ne mènera pas à bout et puis le film sera modifié au montage renforçant l'impression d'œuvre un peu bancale. Sans parler de la prestation insipide de Dylan dans un rôle de cow-boy mystérieux qui s'avérera parfaitement inutile ; heureusement le garçon signera une BO splendide, participant pour beaucoup à la magnificence de l'œuvre. Une œuvre imparfaite mais traversée par des fulgurances de toutes beautés, des plans magnifiques d'un esthétisme et d'un lyrisme à couper le souffle, qui sont autant de preuves des éclairs de génie de Big Sam qui finira pourtant son tournage sous éthylisme avancé.

Pat Garrett et Billy le Kid n'est sans doute pas le meilleur film de Peckinpah mais il est incontestablement le plus beau : il réalise ici le plus transcendant des westerns crépusculaires, un hymne à la mort totalement envoûtant.

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