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Amours Toxiques

Documentaire de Danièle Alet 52 min 15 octobre 2013

Agresseur, oppresseur, dominateur ou prédateur, le manipulateur psychologique porte plusieurs visages. Les victimes manipulées n'ont elles-mêmes pas forcément conscience d'être sous emprise. Progressivement coupées de leur entourage, elles consacrent leur vie à une personne qui peut être un ami,...

À l'issue de ce documentaire on n'est toujours pas plus avancé car comme le répète la justice, rien n'est réellement prouvé. Après les témoignages de diverses femmes (et d'un homme) j'hésite à savoir si je suis quelqu'un de particulièrement cynique ou si je n'arrive pas à imaginer que tout ce qui est exposé puisse être dû à quelqu'un de réellement malintentionné et manipulateur qui exerce son pouvoir sur l'autre. Donc en cela pour moi le documentaire échoue parce qu'il ne permet pas de mieux situer la limite entre un goujat/connard et un pervers narcissique ; entre une relation amoureuse qui se détériore "normalement" de manière compliquée/regrettablement mauvaise et une relation malsaine dans laquelle l'un domine l'autre d'une manière anormale jusqu'au jour ou l'autre tente de s'extraire de cette situation.

Hormis deux témoignages (l'homme et une femme dont la maison a été entièrement pillée par son mari alors qu'ils sont en instance de divorce), je m'en veux de dire que je ne suis pas vraiment convaincue.

Lors des entretiens avec les victimes durant lesquels elles expliquent un peu le machiavélisme de leur conjoint/ex-conjoint, on sent qu'elles ne sont tellement pas reconnues comme victimes qu'elles usent et abusent de tous les qualificatifs possibles dans l'attente de trouver le moment où le tableau dépeint sera suffisamment horrible pour qu'on les croit. Seulement quand il s'agit de résumer les fais y a rien. Ça parle des intentions derrière une phrase aussi basique que "t'as pas pris un peu de poids ?" et j'avoue que j'ai du mal à trouver ça caractéristique de quelqu'un de dérangé. Dans la plupart des situations au maximum je me dis "bon, son compagnon est un connard", pas que c'est un manipulateur de génie. Intervient aussi la question du double-visage des pervers. Là encore, qu'on me dise que dans l'intimité son mari la traitait comme de la merde et qu'en famille il avait l'air du type idéal ça ne me choque pas. Direct ce qui vient à l'esprit c'est que j'ai des visages différents aussi selon avec qui je parle, on va pas parler des problèmes qu'on rencontre avec sa femme à la famille, ça me semble même logique (sauf s'il y a violence physique où là je trouve ça plus important évidemment). Donc quasi pendant tout le docu ce qui me revenait en tête c'était "bah faut le quitter parce que votre couple ça ne va plus" ce qui est en gros le cas pour des milliers de couple qu'ont pu aussi en venir aux insultes ou phrases qui tuent en fin de relation.

L'autre gros problème c'est que beaucoup de ses femmes sont en instance de divorce donc, et vient le problème des enfants. Si pour le témoignage de l'homme dont la femme était la perverse il paraît évident qu'elle est chelou, on ne peut pas en dire autant des autres. En écoutant y a toujours cette gêne que les femmes victimes ont aussi un intérêt à se complaire dans la victimisation d'elle-même et de leurs enfants. Alors quand on nous montre une lettre d'une enfant qui dit à la juge qu'elle ne veut plus retourner chez son père parce qu'il lui fait peur rien qu'avec un regard pendant deux secondes, tu te poses des questions. Puis après t'as la voix-off qui oublie de lire le passage où c'est marqué "papi et mamie sont comme papa" ce qui décrédibilise tout puisque le père et les grands-parents sont mis sur un même pied. Du coup on dirait une môme dont le père est sûrement sévère et pas forcément doué dans son rôle, dont les grands-parents sont eux aussi durs et que la fille s'est un peu fait monter la tête par sa mère qui lui demande de relever n'importe quoi ce qui entraîne que dans son esprit tout se confondrait. Mais voilà tout ça ça ne reste que des suppositions.

Et en vient le moment où la justice demande des preuves. Parce que oui tout du long ça se plaint de la justice qui ne reconnaît pas ce genre de violences mais ça ne rappelle pas assez qu'avec des éléments aussi maigres que ceux présentés (généralement les simples témoignages des femmes qui pourraient être inventés ou dramatisés, on parle d'un divorce chacun a son intérêt : financier, familial, matériel) il y a le risque de créer des précédents et la violence psychologique pourra être invoquée par tout le monde à outrance lors de séparations. On ne fait que l'évoquer en parlant d'un magistrat qui s'est plaint de ce phénomène comme si c'était incompréhensible qu'on se pose ce genre de questions. Pareil pour les enfants, il faut prouver qu'ils subissent bien ce genre de violence également, du coup on va chercher des attestations auprès de tout le monde pour prouver que les enfants ne sont pas bien. On suit une des mères qui va voir le proviseur de l'école de son fils pour avoir cette attestation, malheureusement elle lui est refusée. Ok c'est triste, voire dramatique si le petit est réellement en danger mais de 1) j'ai jamais vu les proviseurs des écoles dans lesquelles j'ai été donc pourquoi ne pas aller voir directement la prof, 2) tout le monde ne s'épanche pas forcément donc faut pas s'étonner qu'un prof puisse refuser d'attester quelque chose qu'il n'a pas réellement constater. Même avec les attestations ça ne pèse pas lourd et pas besoin d'être juriste/avocat/magistrat pour le capter, y a toujours ce risque que la mère aille convaincre les gens en racontant des choses sans que rien ne certifie que ce soit vrai pour attendrir, avoir les attestations et espérer avoir la garde, toujours pareil, rien de solide. Et à côté de ça t'as une femme qui galère autant alors que dans son affaire à elle le caractère volontairement malintentionné se sent , il pille sa maison "il a défoncé la porte quand j'ai changé les serrures, il a tout pris sauf mon lit parce que je l'avais caché chez la voisine" et son caractère très procédurier pour faire ralentir/entraver le déroulement de l'affaire. Donc voilà on est partagés entre des cas plus convaincants que d'autres.

Évidemment que ça aurait gagné à avoir des entretiens avec les personnes accusées. Leur demander une ITV pour donner leur version des faits ou les prendre à parti en les alpaguant juste pour qu'on puisse jauger leur réaction. Bon, on a juste le témoignage de l'un qui reconnaissait avoir été dur et s'excusait. Là encore la voix-off qui voit dans ses mots de la manipulation "il se fait repentant, puis il s'excuse et cherche à reconquérir, par la suite il redeviendra violent dans ses propos". Mais là encore je passe par les mêmes phases lors de sérieuses embrouilles. Du coup y a toujours rien de réllement probant et c'est gênant. T'as envie de les aider et d'y croire mais t'y arrives pas.

En fait le seul élément un tant soit peu intéressant c'est quand la soeur d'une des victimes supposées parle de destruction psychique de l'autre. Ça dépassait les simples remarques de personnes qui seraient devenues amères mais sans spécialement le vouloir pour passer à la volonté de détruire l'autre et de le "poursuivre" jusqu'à ce que ce soit fait.

En bref ça aurait mérité des intervenants plus convaincants. Là on partait d'une avocate qui se spécialisait dans ce genre de divorce et on allait jusqu'à ses clients. Il aurait mieux valu suivre un groupe de soutien avec des personnes réllement calées en la matière qui auraient pu nous présenter des victimes dont la situation pourrait faire comprendre ce caractère de pervers narcissique. Si j'étais méchante j'irais jusqu'à dire que c'est un documentaire de bonnes femmes. Je suis déçue parce que le sujet laissait espérer beaucoup au niveau de l'analyse.

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