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Design 7 love

Film de Hung-I Chen Drame 1 h 56 min 19 décembre 2014

Avec Tiffany Ann Hsu, Tzu-yi Mo, Thomas Price

Dans une agence de designers de Taipei, sept personnes liées à sept histoires de coeur : où se situe la frontière entre amour et haine, mensonge et vérité ?

Évacuons d’entrée ce qui ne m’a pas plu, car je n’ai pas aimé le film même si je lui reconnais quelques qualités.

DESIGN 7 LOVE a clairement été réalisé par un « clippeur publicitaire », habitué à travailler de jolies ambiances à travers décors chiadés, personnages séduisants et haut en couleurs, et milieux sélects et inédits ; voir les différentes photos, reflétant bien les tons du film. Hung-I Chen dont c’est le premier long métrage, s’est probablement fait encenser pour sa capacité à donner une vision moderne d’un sujet quel qu’il soit (comprendre rythmée par le montage, l’alignement d’idées visuelles, l’intensité… Et l’inconséquence) ; il propose donc un cinéma avant tout esthétique avant d’être sensible ou profond. DESIGN 7 LOVE est un film nourri par d’insupportables gimmicks, sa posture arty, sa fausse ambition narrative ; quelques références artistiques occidentales qui vont bien pour cimenter l’ensemble (Paris ; les citations de artistes designers de la philosophie moderne ; Fincher, Nolan) et aucun pouvoir évocateur derrière l’image.

MAIS ce cinéma, pour aussi épuisant et vide qu’il soit, est doublé d’une connaissance approfondie du milieu très futile des designers. Cela lui permet, une fois le décor bien ancré dans le récit, de développer des relations entre des personnages définis par leur rapport à ce métier. En décomposant le quotidien de cette agence de designers à travers les histoires et parcours personnels de chacun (7 histoires donc, en forment une 8ème) cela permet de dessiner par l’empathie, un portrait d’ensemble assez solide, accrocheur mais sans doute trop personnel, de cette catégorie très singulière qu’est le milieu économico-artistique.

L’amour donc, est le sujet de façade du film. Ce sentiment possède effectivement un sens différent en fonction de son vécu, de sa personnalité, de son présent et de ses aspirations ; DESIGN 7 LOVE donne une place suffisante à chacun des 7 protagonistes pour en brosser un portrait complet à défaut d’être original dans chacune de ses facettes. Si ces portraits sont évidemment inégaux, il faut reconnaître la variété des traitements de chaque histoire (et par extension de chaque personnage). Mélodramatique ici, pseudo-poétique là, paranoïaque, immersif, etc. Même si aucune de ces histoires ne ressort comme originale, Hung-I Chen trouve un équilibre adéquat entre la mise en scène et l’humeur des personnages à travers chaque « sketch », formant une cohérence d’ensemble à travers la singularité.

Je retiendrai en outre deux personnages plus convaincants que les autres, Mark, l’investisseur, et Doris, l’enjeu amoureux central. Lui : beau, riche, sensible. Elle : belle (magnifique), intelligente, talentueuse ; si les autres personnages ne manquent pas d’intérêt, Mark et Doris sont les seuls à posséder plusieurs niveaux de lecture là où les autres sont assez unidirectionnels (hystériques, romantiques, professionnels, artiste). Chez lui, on ressent une identification de l’auteur Hung-I Chen, autorisant à explorer des facettes personnelles qui n’auraient pas eu, en théorie, leur place dans le récit. Chez elle, en tant qu’enjeu amoureux des différents hommes de l’histoire, sa versatilité est incroyablement mise en avant. Leurs deux interprètes Thomas Price et Wei Ning Hsu captent avec beaucoup de subtilité et de charme la subtilité de leurs rôles.

Puis il y a ces quelques digressions qui singularisent le film au point de lui donner une forme de personnalité au-delà de son esthétisme poussif. L’introduction, finalement hors sujet, la séquence post-introduction, mise en abyme hystérique du film dans le film, quelques fantasmes qui prennent vie (moments très Inception), ce plan séquence très réussi nous immergeant dans l’intimité d’une relation amoureuse, quelques instants dans la schizophrénie d’un personnage, une seconde mise en abyme en fin de film où les interprètes « sortent de leur rôles » pour discuter du destin possible de leurs personnages, et tout au long du film, ces images d’une ville qui se fait « designer » en temps réel. Tout cela est très bizarre et hors sujet, peut-être simplement culturel, pas forcément de très bon goût, mais définitivement marquant malgré une absolue gratuité vis-à-vis du récit.

Il faut tout de même faire preuve d’humilité et accepter que ce cinéma ne m’est pas destiné, que je ne suis pas en mesure de l’apprécier à sa juste valeur. Simplement par rapport à ce que j’ai découvert du cinéma taïwanais, il ne tient pas la comparaison par son manque de subtilité, aucune vision socio-culturelle et une ambition réduite à quelques portraits intimes individuellement peu fascinants.

Critique d'Emmanuel pour Le Blog du Cinéma

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