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The Nightingale

Film de Jennifer Kent Drame et thriller 2 h 16 min 29 août 2019

Avec Aisling Franciosi, Sam Claflin, Damon Herriman

1825, au cœur de la colonisation de l’Australie. Après le massacre de toute sa famille, une jeune irlandaise traverse les terres tasmaniennes et rumine sa vengeance contre les soldats britanniques responsables de son malheur.

Cette critique contient des spoilers

Après avoir vu quelques classiques du genre (I spit on your grave, Irréversible, La dernière maison sur la gauche...), je peux dire que je n'aime pas les rape and revenge. Les pires côtés de l'espèce humaine et la façon dont ils y sont mis en scène, souvent empreinte de voyeurisme et de violence graphique excessive, ne sont pas des choses qu'il m'intéresse de visionner. Néanmoins, je me suis autorisé ce The Nightingale suite aux bons retours que le film a récolté dans les différents festivals et surtout parce que c'est le deuxième film de Jennifer Kent, réalisatrice de The Babadook. Si ce dernier a divisé parmi les spectateurs, je l'ai personnellement trouvé bien au-dessus d'une production horrifique "Jameswanesque" totalement formatée et sans grand intérêt depuis plusieurs années.

Evidemment, les aspects habituels d'un rape and revenge sont présents. Le film est éprouvant, parfois difficile à soutenir même pour des spectateurs avertis, et après le cinquième viol et le dixième meurtre (dont ceux d'un nourrisson explosé contre un mur et d'un pré-ado), on ne peut pas dire que l'on se sente particulièrement joyeux. Mais là où le film se démarque, c'est que ces exactions sont montrées au service d'un message qui dépasse le besoin viscéral de revanche. Cela s'exprime surtout au travers de la relation qu'entretiennent l’héroïne, une jeune blanche irlandaise condamnée pour meurtre et un "boy", noir autochtone réduit à l’esclavage. On se doute qu'entre la période et les personnages choisis on échappera pas à la dénonciation du grand méchant blanc colonisateur, mais la relation entre les deux personnages principaux apporte une couche supplémentaire au scénario qui est particulièrement intéressante.

Commençant quelque part entre mépris et défiance (la femme irlandaise n'aimant pas le noir sur la base des préjugés raciaux de l'époque et le noir n'aimant pas la blanche parce qu'il ne la différencie pas des autres envahisseurs), les personnages vont d'abord se tolérer par nécessité vitale, puis se rapprocher progressivement en comprenant que même si ils n'ont rien en commun (sexe, couleur de peau, statut social, culture), ils sont des victimes communes de l'intolérance et de la violence véhiculée par les mêmes hommes. Et finir par s'apprécier et exercer ensemble leur revanche. Si on imagine aisément la difficulté pour une jeune actrice d'incarner ce genre de rôle, la jeune Aisling Franciosi, précédemment vue dans la série The Fall, s'en tire à merveille, de même que les acteurs noirs dont nombre d'entre eux ont étés castés parmi les autochtones descendants des clans présentés. Quand aux méchants de l'histoire, ils sont suffisamment haïssables pour que l'on estime la prestation de leurs acteurs réussie.

Si l'on ajoute à ça le background de réalité historique et la réalisation toute au service de l'émotion du métrage, ce The Nightingale n'est pas qu'un énième rape and revenge, mais un film qui marque l'esprit et qu'on n'oubliera pas immédiatement après visionnage. Reste à savoir comment s'effectuera la distribution française, et si le film sera accessible en salle ou s'il faudra se contenter de VOD/DTV.

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