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America Town

Film de Jeon Soo-il Drame 1 h 33 min 29 juin 2018

Avec Kim Dan-yul, Im Chae-Young, Seo Kab-Sook

Fin des années 80. Le jeune Sang-kook vit seul avec son père, gérant d’un studio photo, à Gunsan dans l’ouest de la Corée du Sud. Passionné de photographie, il développe en secret des clichés érotiques pour les militaires de la base américaine toute proche. Il rencontre alors Young-Lim, une...

America town (2017) - 아메리카 타운 / 93 min. Réalisateur : Jeon Soo-il – 전수일. Acteurs principaux : Leem Chae-young – 임채영 ; Kim Dan-yul –김단율 ; Mots-clefs : Corée ; Drame ; Prostitution

Le pitch : Fin des années 80. Le jeune Sang-Kook vit seul avec son père, gérant d’un studio photo, à Gunsan dans l’ouest de la Corée du Sud. Passionné de photographie, il développe en secret des clichés érotiques pour les militaires de la base américaine toute proche. Il rencontre alors Young-Lim, une prostituée de 20 ans, qui se rend au studio pour faire une photo d’identité. Sang-Kook tombe sous le charme de la jeune femme, et se met à la suivre partout en secret, jusqu’au jour où il doit la sauver des griffes d’un soldat violent.

Premières impressions : La prostitution en Corée du Sud est un fléau dont les femmes coréennes souffrent historiquement. Si vous connaissez un peu l’histoire du pays, vous savez certainement que l’esclavagisme sexuel fut largement organisé par l’armée coloniale japonaise (1910–1945) qui avait créé de nombreux camps de soutien à ses armées où des « femmes de réconforts » venues de tout l’empire étaient contraintes à une prostitution dégueulasse, une question portée à l’écran entre autre par I Can Speak, toujours au centre des enjeux diplomatiques entre la Corée et le Japon. Si vous vous intéressez à ces questions d’un peu plus près, vous avez aussi certainement entendu parler de l’existence du même type de saloperies organisées cette fois pour les soldats sud-coréens lors de la guerre du Vietnam… Ce que vous ne savez peut-être pas par contre, c’est que cet esclavagisme sexuel est loin d’avoir disparu après les guerres et qu’elle a même été largement soutenue et organisée par les dictatures Sud-Coréennes pour le « bien-être » des soldats alliés américains. Dès 1954, au sortir de la guerre de Corée, les USA et le gouvernement sud-coréen se sont mis d’accord sur l’ouverture de centre de « rest and recreation » , les Kijich’on, largement alimenté en filles par la pauvreté du pays. Vielles histoires ? Non pas vraiment… Au milieux des années 90, quarante ans après la guerre, on dénombrait encore 18 000 prostituées enregistrées (et 9 000 non-officielles) au "service" des 43 000 soldats de l’oncle Sam.

America Town, nous plonge à la fin des années 80, dans cet univers de prostitution militaire à travers le regard d’un adolescent qui s’entiche d’une jeune femme qui vend ses charmes aux soldats dans un de ces camps récréatifs. Sans s’appesantir sur le contexte historique, le réalisateur-scénariste Jeon Soo-il (A Korean in Paris ; Pink ; La Petite Fille de la terre noire) brise un tabou national que les politiques n’ont pas vraiment l’air de prendre à bras le corps. Malheureusement, un bon sujet, aussi important soit-il pour la société, ne fait pas forcément un bon film. Clairement, le film manque de moyen et cela se voit beaucoup à l’écran. Ce manque se ressent surtout dans la qualité des acteurs. Si le jeune Kim Dan-yul (Vanishing Time: A Boy Who Returned) s’en sort relativement bien, sa très jolie partenaire, Leem Chae-young, manque parfois de justesse et je ne parle pas des quelques blancs jouant les soldats américains qui ont certainement été recrutés parmi les expat’ pour leur seule couleur de peau et qui donne une forte impression d’amateurisme au film.

Côté réalisation, Jeon Soo-Il semble plutôt adepte de la caméra fixe. D’un point de vue artistique le film dispose de belles lumières et d’un cadrage est assez photographique, tentant même ça et là des plans façon Hou Hsiao-Hsien (encoignures de portes, de fenêtres, images captés au travers de rideau) afin de renforcer l’intimité des scènes. Hélas le manque de moyen se fait également sentir dans la réalisation par la multiplication des dialogues explicatifs qui racontent des histoires plutôt que de les montrer aux spectateurs. Le film souffre également d’un souci de rythme, accumulant des scènes trop courtes pour qu’elles puissent infuser et qui paradoxalement rendent le film trop prévisible et ennuyeux.

Pour conclure, America Town n’est malheureusement pas un chef d’œuvre malgré de belles intentions. Son manque de moyen et peut-être son manque d’exigence dans la direction d’acteur le rend assez dispensable d’un point de vue cinéphilique. Cela étant dit, la qualité majeure du film est surtout de soulever le voile sur des pratiques pas si anciennes et qui continuent probablement toujours aujourd’hui tant le problème de la prostitution en Corée est endémique. Pour celles et ceux qui souhaiteraient le voir, sachez que le film est disponible en sous-titre français sur la plateforme de VOD e-cinema.com

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