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Bananaz

Documentaire de Ceri Levy 1 h 32 min 2008

Documentaire sur les coulisses du groupe animé Gorillaz, sur leur carrière de 2000 à 2006.

L'intérêt du documentaire Bananaz, retraçant le quotidien de 2001 à 2005 des personnes derrière le groupe virtuel Gorillaz, n'est à trouver ni dans sa qualité en tant qu'objet filmique (avec sa caméra à la main l'image est souvent dégueue et le son saturé), ni dans sa construction narrative somme toute très classique (30 min sur la genèse du projet Gorillaz, 30 min sur le premier album et sa tournée, idem pour le deuxième album Demon Days). Non, tout l'intérêt réside dans la découverte du processus créatif des bouillonnants Damon Albarn et Jamie Hewlett. Et dire que les mecs sont bien barrés relèverait de l'euphémisme : ils sont carrément survoltés et passent de l'émerveillement au déchaînement en un rien de temps (à ce sujet, une version censurée existe, avec les grossièretés remplacées par des bruitages tirés des morceaux du groupe (We Are Happy Landfill notamment) ; sauf que les « fuck » et « shit » fusent à une telle vitesse que les dialogues en deviennent incompréhensibles).

La passion qui anime le duo dans sa volonté de proposer quelque chose de jamais vu auparavant et combinant un amour authentique de la pop culture et du mélange des genres musicaux a quelque chose de communicatif, tant il est évident qu'Albarn et Hewlett sont surtout guidés par leurs désirs immédiats, sans réfléchir aux conséquences et défis à rencontrer. C'est la genèse même de Gorillaz : deux mecs en coloc un peu bourrés affalés devant une quelconque merde sur MTV, quand l'un annonce à l'autre que s'ils le voulaient ils pourraient faire bien mieux sans se montrer au public, et que l'autre le prend au mot. Une fois passée l'excitation des premières esquisses des personnages et des premières partitions musicales se posent les vrais problèmes : comment répondre aux interviews quand on incarne un groupe virtuel ? Comment faire la promo de l'album en préparation ? Comment envisager les concerts à venir ?

Cette immaturité des créateurs du groupe est montrée sans aucun fard dans Bananaz, et c'est assez hilarant de voir les deux compères se vanner, dessiner des bites, montrer leurs culs, se mettre à baver, lâcher des caisses, et violer une basse... Il est beau tiens, le leader de Blur chéri de ces dames ! Et pourtant, quand il s'agit de composer Damon Albarn redevient le plus sérieux et concentré du monde (comme un gamin qui se tourne vers sa passion, au final). Il expérimente, extrait de ses instruments la mélodie qu'il avait en tête, mélange tout les genres possibles, rajoute des instruments du bout du monde juste pour voir ce que ça fait, explique à un musicien ou un chanteur avec toute la gestuelle dont il est capable la progression qu'il attend du passage d'un morceau (ce qui semble généralement assez incohérent à moins de connaître le titre finalisé)... Il y a quelque chose de fascinant à le voir travailler dans le joyeux foutoir qu'est son studio, en baggy et casquette, pour composer les titres qu'on lui connaît aujourd'hui. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le documentaire présente surtout la création de titres présents dans les B-Sides de Gorillaz : ce sont les morceaux les plus expérimentaux, composés sur un coup de tête et tournant généralement autour d'une seule mélodie spécifique de quelques notes (et bordel Albarn le dit lui-même : ses tiroirs sont pleins à craquer de titres et collaborations de ce genre-là).

Bananaz regorge de moments où l'authenticité de Damon Albarn se fait jour et contraste avec ses nombreux instants de désinvolture : béat d'admiration devant un Ibrahim Ferrer suivant très aimablement ses consignes, excité comme une puce alors que Dennis Hopper réalise la narration du titre Fire Coming Out of The Monkey's Head comprenant un mot inventé, nerveux au point d'en vomir ses tripes - littéralement – pour le premier concert aux USA alors qu'un bassiste leur fait défaut, exténué après avoir enchaîné interview sur interview, extrêmement impliqué dans la défense du texte mal interprété de Kids With Guns face à une congrégationaliste heureusement ouverte au dialogue, etc., etc.

Jamie Hewlett n'est pas en reste, puisqu'on voit souvent poindre ce qui annoncera sa future querelle avec Albarn : la lassitude de dessiner toujours les même personnages, le manque de reconnaissance de son travail (bien plus exigeant en termes de temps), la difficulté à gérer ses désaccords avec l'autre tête du groupe, et enfin et surtout le travail de l'ombre qu'il réalise.

Bananaz peut apparaître assez obscur dans son enchaînement quand on est peu familier de Gorillaz, mais il s'avère essentiel pour tout fan du groupe, tant il apporte d'éléments permettant de mieux comprendre les motivations des créateurs et à quel point ce projet leur a permis de vivre un rêve éveillé en leur conférant une liberté artistique totale sous couvert de l'anonymat. Il permet par ailleurs de se préparer au prochain album à venir, maintenant qu'Albarn et sa clique se produisent au grand jour suite à la tournée mondiale Plastic Beach de 2010.

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